« Est-ce que les enfants, ici, peuvent s’en sortir? »

La maman entre, l’air grave. Elle ferme la porte du bureau, ce n’est jamais très bon signe.

« Mathilde, je voulais vous voir. Je voulais vous voir, parce que j’ai peur ici. J’ai peur dans ce quartier. Je ne suis pas à l’aise, j’ai des insomnies.

Je culpabilise.

Je culpabilise de laisser ma fille ici, dans cet environnement.

Parce que j’ai peur de sortir et que je ne supporte pas le quartier.

Oh, mon appartement est très chouette. Vraiment. Mais ici, dehors, les gens.. j’ai peur, je serre mon sac.

Alors je voulais vous demander, à vous, qui est professionnelle de l’éducation : est-ce que les enfants peuvent s’en sortir, ici ? »

 

C’était début novembre.

J’ai bafouillé une réponse mi-institutionnelle, mi-militante, mi-réelle. Je suis partie d’elle, de ses appréhensions, pour lui dire à demi-mots que si elle était peu à l’aise, il fallait qu’elle parte.

J’étais démunie. Parce que cette maman, si douce, si chouette, posait une question juste.

 

Une question qui me serine régulièrement.

 

Et j’étais démunie parce que je ne voulais pas réellement répondre à sa question.

 

Avec le recul, voici ce que j’aurais aimé lui dire. Il y a des propos que je n’ai pas pu dire. Parce que cela me renvoie à mes propres doutes, sûrement.

Même si j’en ai dit une partie, suggéré certaines choses, c’est ceci qui me hante aujourd’hui :

 

« Madame,

Vous habitez dans un quartier où se côtoient des enfants qui vivent dans des taudis, des familles entières qui vivent dans une seule pièce. Les personnes qui vivent ici ont des conditions de vie bien souvent malheureuses.

 

Elles font ce qu’elles peuvent, ces chères familles. Elles ont des gamins que j’admire au plus haut point.

Les minots les plus malins que j’ai jamais vu. Avec un jugement acéré, une vraie intelligence, de la ruse.

Je n’ai jamais été autant étonnée qu’avec ces enfants.

 

Oui, la ville a décidé que ce quartier serait prioritaire. Qu’il sera rénové. Que nos vendeurs de Malboro Bled vont partir et les petits trafics vont cesser.

Mais ça veut juste dire qu’on va faire reculer ces familles. Les faire déménager plus loin par l’augmentation des loyers. Faire venir Paris plus près.

Faire un peu disparaître le quartier, ce « village » comme l’appellent certains habitants.

 

 

Je comprends tant vos craintes, vos doutes. Quand vous m’avez dit « Je ne la laisserai jamais sortir seule », je n’ai pu qu’acquiescer. Parce que j’ai constaté ici trois stratégies familiales.

 

Les familles qui sortent uniquement avec leurs enfants. Les accompagnent partout. Au sport, à l’école, au centre, à la maison de quartier.

Les enfants qui ne sortent pas. S’ils ne sont pas à l’école ou en maison de quartier, ils sont chez eux. Les « enfants d’appartement ».

Et les enfants qui sont dehors. Dans la rue, au parc, ils sont seuls. Le quartier est une grande aire de jeu pour eux. Ils se déplacent en autonomie. Parfois avec les petits frères ou les petites sœurs. Tous sont mutuellement trop petits pour s’occuper les uns des autres.

 

Il y a la parole des enfants, qui me tord le cœur parfois.

A les entendre, j’ai la sensation qu’ils se battent tout le temps. Pour tout. « Mais on joue ! », qu’ils me disent, ces minots qui se foutent des balayettes laser, des gnons, des cocos, et autres joyeusetés.

Ils sont sincères. Ils jouent vraiment à se taper dessus.

« A croire que c’est la seule distraction », disent parfois les habitants ou les collègues. Mais oui, je crois que pour certains c’est une des principales distractions : la bagarre.

Nous, éduc’, on les sépare. Mais nous ne sommes pas constamment dans la rue.

 

Comme m’a dit cet animateur il y a peu « Au début ils ne font rien de mal, ils vont jouer. Mais la rue les appelle : ils se mettent à trainer. Ils suivent les grands ».

 

 

Quant à savoir si les enfants peuvent réussir..

Les écoles ici font ce qu’elles peuvent. Vraiment.

Et je ne peux qu’être amère : les écoles sont en ruine. Les enfants de maternelle sont dans des préfabriqués depuis 15 ans.

Quinze année que la structure de l’école est temporaire.

 

Les profs se succèdent, parce que les conditions sont dures. Les élèves ne sont pas comme ils les imaginent, et les problèmes sociaux explosent souvent au sein de la classe, de l’école.

Les profs ne s’attendent pas à ça. Ne sont pas formés à ça.

Les enseignants tombent donc malades. Et comment leur en vouloir ? Chapeau bas, chers collègues, vous faites un métier si dur. Pour rien au monde je n’aimerais être instit.

Et je sais que quand vous vous arrêtez, vous êtes au bout de votre vie. Cloués au lit.

Parce que pour la petite gastro ou la petite fièvre, vous venez bosser. Pour tel ou tel élève, pour avancer, ne pas les lâcher.

Les remplaçants manquent. Le non remplacement est la norme.

 

L’éducation est en pointillés.

 

Ces quartiers ne sont pas investis à la hauteur des besoins et des urgences réelles.

 

Nous, travailleurs sociaux et de proximité, nous pansons les plaies.

 

Nous faisons en sorte que ça soit « pas trop mal ». Avec une fête par ci, un repas partagé par là.

Des événements à paillettes qui calment et rendent contents.

Je ne dis pas qu’il n’y en a pas besoin. Bien au contraire, on se doit de valoriser la vie et les belles personnes qui sont dans le quartier.

Mais je connais la volonté politique qui se cache derrière ces moments partagés.

Alors programmer les activités et sorties d’été ne peuvent m’empêcher d’être un peu amère.

 

 

Je comprends tant vos inquiétudes, madame.

Tant.

 

On me demande souvent pourquoi je n’ai pas d’enfants.

Je réponds systématiquement que j’en ai 45 par an. Et que je continue à suivre les enfants qui sont passés au collège, voire les grands frères au lycée.

Parce que je me soucie encore d’eux, je me fais du mouron quand je ne les vois plus. Ou quand je les vois trop dehors.

 

Les enfants ici sont extraordinaires. Mais ici, ils sont gâchés.

 

 

On manque d’écoles, de formations d’enseignants.

On manque d’éducateurs de rue et de médiateurs de rue, métiers qu’on classe progressivement avec celui d’allumeur de réverbère.

On manque de travailleurs sociaux, d’acteurs de proximité.

On manque d’accès au soin. L’attente pour une orthophoniste est de plus d’un an.

On manque de logements salubres et adaptés aux familles.

On manque de parcs. De jeux. « D’espaces libres à investir », m’a dit cet enfant.

 

Tous ces manques alliés à votre sentiment d’insécurité, vos angoisses légitimes m’amènent à une conclusion : ici, les enfants ne s’en sortent qu’en combattant de toutes leurs forces.

Et il ne me semble pas normal, pour des enfants, de devoir lutter pour accéder au basique. »

 

 

Nouveau projet : Les vacataires – Podcast audio !

Les nouvelles années sont l’occasion des vœux et des projets.

Aussi, j’ai le plaisir de vous annoncer notre nouveau projet de podcast audio : les Vacataires!

Dans ce podcast nous parlerons d’éducation, l’animation et l’éducation populaire!

 

Nous vous y proposerons plusieurs formats : des sujets, des rencontres de professionnels aux pratiques innovantes, mais également des directs dans lesquels vous pourrez réagir et discuter avec nous !

Avec Amandine, nous serons deux, cachées derrière cette émission.

 

Je vous raconte à l’oreille ce nouveau projet..

 

Je vous invite, si vous le souhaitez, à suivre notre compte twitter :Les Vacataires, et le compte d’Amandine, co-fondeuse du podcast !

 

Belle année à tous!

Les adultes m’ont terrorisée

 

A trois ans, j’ai été punie toute une journée dans ma classe. Je n’avais pas colorié suffisamment soigneusement « Boucle d’or et les Trois Ours ».

A cinq ans, mon oncle m’a dit sans sourciller qu’il préférait mon frère à moi. Parce que c’était ainsi.

A six ans, un instituteur m’a mis une calotte derrière la tête. Un autre enfant se faisait soulever par les oreilles. Stupéfaite de la scène, j’observais. Je n’aurais pas dû.

A huit ans, j’ai vu mon enseignante mettre deux allers-retours à un cher ami, avec des bagues si grandes, si épaisses.

A huit ans, j’ai entendu ma grand-mère maternelle dire qu’elle n’aimait pas les arabes. J’ai essayé de répondre. Mais ma répartie d’enfant n’était pas suffisante.

A neuf ans, j’ai entendu toute l’année en classe que mes supers copains, pas très bons à l’école, allaient finir éboueurs.

A neuf ans, j’ai entendu toute l’année que mes supers copines, pas très bonnes à l’école, allaient finir éboueuses.. Ou pire.

A dix ans, mon enseignante m’a appris à me ranger les mains dans le dos, le dos droit. J’ai appris à ne pas regarder l’adulte qui me parle, j’ai appris que c’était de la provocation.

A dix ans, en classe verte, je me suis planquée en serviette derrière un placard. L’instit entrait dans la chambre comme une furie, je sortais de la douche. J’ai eu peur, peur de sa colère, de ma quasi nudité d’enfant face à sa puissance d’adulte. Je me suis cachée.

A onze ans, un adulte quasi inconnu, discutant avec mon frère, m’a qualifiée de pute.

A douze ans, les adultes ont commencé à régulièrement commenter mon corps. Pas assez ci, beaucoup trop ça.

A douze ans, j’étais persuadée que j’étais affreuse.

A douze ans, personne ne m’a contredite.

A douze ans, j’ai été suivie dans la rue par la première fois par un adulte répugnant. Je crois qu’il se touchait. Je suis rentrée chez moi, en nage. Mon père m’a juste dit « Il ne t’as pas touchée ? Alors ce n’est pas grave ».

A treize ans, j’ai pris mes premières mains au cul de la part d’adultes. Des mains qui glissent le long de mes cuisses. Qui frôlent mes fesses. Qui touchent le bas de mon dos.

Qui érotisent mon corps sans mon consentement.

Puis j’ai cessé de compter.

De compter ces défaites et ces moments de honte.

Aujourd’hui, je préfère me souvenir.

Toutes les paroles injustes et blessantes restent gravées. Tous les gestes indélicats et déplacés sont comme des blessures béantes.

Me souvenir pour ne jamais reproduire.

Les enfants n’oublient pas.

Cessez d’affamer les secteurs vitaux!

Ce samedi avait des airs de dimanche.

Où tous, nous attendions que le jour passe, qu’arrive enfin le suivant.

 

Lundi commencera une période officiellement compliquée.

Lundi à 16h, je me demanderai « Mais que vont dire les minots ? »

Et avant cela, je me demanderai « Mais comment vont réagir les anims ? »

(Et encore avant : Peut-on sortir ? A combien ? Comment ? Quels projets annulés cette année?)

 

Je laisserai arriver enfants, animateurs et parents avec leurs questions. Leurs appréhensions, aussi.

Des phrases surgiront sûrement. Nous les attraperons au vol, et discuterons tous ensemble.

J’accepterai les questions, toutes celles qui viendront.

Même celles auxquelles je ne peux pas répondre. Nous y réfléchirons collectivement.

 

Je chercherai des supports, de la littérature jeunesse. Je proposerai peut-être des moments de lecture aux minots. Ces moments où, mine de rien, on se serre tous les uns contre les autres.

Comme des poussins dans leur nid.

 

J’échangerai avec les animateurs.

Je ne souhaite pas les laisser seuls face aux questions parfois désarmantes des enfants. Je les accompagnerai, s’ils en ont besoin.

 

Avec les collègues et partenaires : aucun inter-espace entre nous tous. Comme l’année passée.

Je proposerai peut-être encore un temps entre pro, pour réfléchir à comment accueillir la parole de l’enfant. Ou un temps autour des ateliers philo.

Un temps de rencontre professionnelle, qui nous rassure. Un moyen détourné pour dénouer la parole.

 

Mais samedi, ce faux-samedi qui ressemblait à un dimanche, mes yeux étaient ternes. Mon corps cristallisé.

Car malgré ces actions si concrètes, je redoute la suite.

 

L’année passée, les habitants étaient beaucoup plus discrets. Plus effacés. Plus anxieux.

Redoutant les amalgames, les mamans qui arrivaient en me tapant la bise opéraient un vrai recul.

Parce que d’un coup, l’amalgame « musulman = arabe » (raccourci qui était dans tous les cerveaux sclérosés) devenait concret.

Mes copains et copines identifiés comme « autrui », c’est-à-dire « pas blanc », ont été amalgamés comme « pas français ». Les amalgames foisonnaient.

Ils s’en sont prit plein la figure.

 

Je redoute l’ultra sécuritarisme. Le déploiement de méga moyens, méga couteux, méga inefficaces pour dire « Regardez les mecs, on s’occupe de votre sécurité ».

En se renseignant un peu, on déplore cette communication à paillettes.

L’État déshabille Pierre pour habiller Paul.

 

Il déshabille surtout peu à peu l’éducation, la santé, la justice. La sécurité utile, réelle, de prévention. Pas les flamand roses ultra armés postés dans la rue pour rassurer le chaland.

(Qui personnellement ne me rassurent pas.)

 

On perd peu à peu le Bien Commun. Ce que tout citoyen doit pouvoir avoir.

 

Nous avons besoin de moyens pour travailler sur le terrain.

La santé, la justice, l’éducation.

Plus vous nous désarmez, ôtez des moyens, moins on peut agir.

On ne peut pas bricoler éternellement.

 

Construire la pensée logique, ça demande du temps. Aider les enfants à s’exprimer, ça demande du temps. Des personnes formées ou à former.

Plus vous nous affamez, à coup de « y’a pas de sous », moins on peut médiater. Plus les discussions s’étiolent, sont rapides, moins construites.

Parce que les collègues se sentent démunis. Ne savent pas répondre. Se sentent au pied du mur.

On manque de temps, on n’arrive plus à le prendre. On manque de temps pour réfléchir collectivement, construire ensemble, élaborer.

On manque de temps pour dénouer la panique.

Individuelle, celle en chacun. Et collective, celle du groupe encadré.

 

Je n’ose pas parler de la santé ou la justice. Je sais que les moyens sont affreusement en berne, comme chez nous.

 

C’est juste un cri, une longue plainte qui me berce depuis vendredi soir :

Cessez d’affamer les secteurs vitaux.

 

Nous ne sommes que mi-novembre

Il y a eu cette petite fille, au cousin tué en pleine rue à coup de marteau.

Sa peine et son chagrin. Son courage tellement palpable.

 

Il y a eu cette maman, venant un soir alarmée.

Elle ferme la porte du bureau, ce n’est pas bon signe.

« Mathilde, je viens vous voir car je me sens en insécurité sur le quartier. Je suis ici depuis un an, je me sens mal. Et je culpabilise de laisser ma fille dans cet environnement.

Vous qui êtes professionnelle, qui travaillez dans le domaine de l’éducation, auprès des enfants, dites-moi : est-ce que les enfants ici peuvent s’en sortir ? »

Ma réponse était alambiquée, alternant conviction, projets politiques et réalité criante.

La mère est ressortie plus détendue.

Je suis ressortie blanche et à fleur de peau.

 

Il y a eu ces sorties à 23 enfants, si réjouissantes mais si fatigantes.

 

Il y a eu cet enfant, qui a eu un comportement dangereux en sortie. La conséquence, de ne pas l’emmener à la sortie du lendemain.

Il y a eu son père, en colère, hurlant au téléphone et me raccrochant au nez.

 

Il y a la planification perpétuelle. L’organisation, la médiation, l’écoute.

 

Il y a eu le défaut de surveillance d’un anim. Il n’était pas là pour surveiller le groupe. Il devait passer très rapidement aux toilettes. Il a prit une pause.

Il y a eu la conséquence, sa mise à pied.

Il y a eu une autre conséquence, un message reçu sur mon téléphone. Pas très gentil, très injurieux, un peu menaçant.

 

Il y a eu la hiérarchie, qui est intervenue.

Il y a eu chaque personne me donnant des conseils.

Il y a eu les proches, en colère, alertés, écœurés.

Et moi au milieu.

 

Il y a eu, au milieu de ce bourbier, des bisous d’enfants, des rires, des conversations. Quelques beaux échanges avec les familles.

Heureusement.

 

Il y a eu cet enfant, qui déménage, qui a pleuré quand j’ai annoncé un probable mini-séjour en avril.

 

Il y a les partenaires, si affairés. On n’arrive plus à bien faire.

On fait, on tire, on s’essouffle. On s’épuise.

 

Il y a moi, au milieu de ça.

Nous ne sommes que mi-novembre.

Positionnement sur la punition (ou un titre avec un peu trop de « p »)

« Bah voilà, t’es content? T’es puni. »

Cette jolie phrase, on l’a tous entendue, voire prononcée, voire appliquée.

Mais punir, à quoi ça sert exactement? Pourquoi on punit, et à quelle condition on lève la punition?

 

La punition, c’est l’exclusion temporaire du groupe d’un membre de ce même groupe. Elle peut être physique (le fameux, à l’ancienne, « être puni à la porte ») ou par dissociation d’activités (rester physiquement dans le groupe, mais faire autre chose de moins bien : genre copier des lignes.)

J’insiste ici sur la notion d’instant : l’exclusion ne peut pas être systématique ou régulière. Ce sont des moments précis, pour une raison précise, que l’enfant sort d’un jeu ou du groupe.

Si l’exclusion est régulière, c’est à l’adulte de réfléchir à pourquoi l’enfant est puni continuellement. De son positionnement par rapport à celui de l’enfant.

 

 En tant qu’encadrante, je me suis toujours interrogée sur l’utilité de la punition. Je n’ai personnellement puni qu’une fois, en quasiment dix ans maintenant. Ce moment, je l’ai regretté, je le regrette encore, et j’essaie à présent de toujours faire autrement.

Toutefois, ayant constaté en janvier des vents de punitions, cette question m’est revenue en pleine figure.

 

Pourquoi punit-on?

Et là, soyons honnête : souvent, l’exclusion du groupe par l’encadrant intervient au moment où l’enfant lui casse les pieds, niveau international : refus d’écouter les consignes, agitation, etc.

Je me suis toujours interrogée sur ce moment clé : est-ce suffisant, qu’un enfant soit agité, pour l’exclure du groupe?

J’ai parfois entendu des arguments de l’ordre du « cela ralenti le groupe », pour justifier la punition. Cela me semble toutefois un peu creux. En effet, dans un contexte apaisé, si un enfant n’avait pas compris une consigne, aurait redemandé à plusieurs reprises, l’encadrant aurait pris le temps de réexpliquer.

(Enfin, j’ose espérer.)

 

J’ai pu constater que l’exclusion physique (aller sur une chaise, être en dehors du cercle du groupe) permettait, d’une part, aux animateurs d’éviter de s’acharner sur un enfant, d’autre part, de retrouver le calme nécessaire pour parler à l’ensemble du groupe.

Et c’est ce second facteur qui est à prendre en considération : le rapport du groupe vis à vis de l’enfant qui perturbe.

La punition intervient donc à un autre niveau : celle de la protection du groupe.

J’ai le souvenir, en tant qu’enfant, d’instits, encadrants, qui hurlaient sans cesse. Hurlements pourtant jamais dirigés contre moi, mais ce climat tendu et souvent violent m’a toujours fait prendre conscience que, ce qui arrivait au copain pouvait m’arriver. Et quand un adulte criait, quel que soit le destinataire, j’étais toujours affectée par les cris.

Mettre un enfant en retrait permet de pouvoir parler à nouveau normalement à l’ensemble du groupe. Cela permet aussi de reprendre calmement les activités.

Les animateurs, chez nous, font sortir les enfants des jeux en les plaçant sur une chaise, face au groupe. En dehors du cercle physique du jeu, ils voient le déroulement du jeu. Ils constatent donc une fois en retrait que le jeu se déroule calmement, sans cris ou fracas.

Ils sont rarement punis sur toute la durée du jeu.

 

Et là arrive la partie importante : une fois l’enfant punit, comment lève t-on la punition? Comment est accompagné l’enfant punit?

Mettre un enfant en retrait, c’est juste l’exclure. Sans accompagnement, un enfant peut se dire, surtout si les punitions sont répétitives, que c’est injuste.

La punition s’accompagne donc toujours d’explications avant, après, et encore après.

 

Je m’explique, et pour cela je vais recréer une situation de jeu. Je vous met l’histoire en italique, l’histoire va être ponctuée par les commentaires.

17h45. C’est l’heure du commencement de la partie « jeu ». Les animateurs demandent aux enfants de se mettre en cercle.

Commencement de la déconnade du petit J, qui commence à trottiner, range difficilement ses affaires. Cet enfant a par ailleurs la séance d’avant bien fichu le bazar.

Stop. Premier point : fin de séance, nous sommes tous (enfants ou adultes) fatigués, c’est la fin de journée. Une remise au calme s’impose ici avant toute chose.

Par ailleurs : J a déjà été puni hier. Avant même de commencer le jeu, on pose le cadre du moment.

Exemple :

« – Dis-donc, J, tu te souviens hier, ce qu’il s’est passé pendant le jeu?

– Oui, j’ai été puni sur la chaise.

– Que doit-on faire pour ne pas retourner sur la chaise?

– On ne doit pas couper les animateurs, parler pas trop fort, et écouter les consignes

– Oui, et aussi respecter les copains ».

Ici la base des règles de vie sont posées. On rappelle également à l’enfant que nous n’avons pas envie qu’il soit puni comme hier. On peut commencer à poser les consignes du jeu.

 

Les enfants s’installent en cercle, J continue à s’agiter. Les animateurs n’arrivent pas à mettre deux consignes bout à bout. L’énervement monte. Au bout d’un moment, la phrase est lâchée : « Hé bien voilà, tu vas aller sur la chaise, puisque tu n’arrives pas à rester avec les autres ».

La chaise est, je le rappelle, un peu en retrait des copains et face au groupe. L’enfant voit donc ce qu’il se passe.

Je vais voir le petit J sur sa chaise. Je suis pour ma part arrivée au milieu de la séance, je n’ai pas vu ce qu’il s’est passé.

 

Je lui demande de m’expliquer pourquoi il est puni. Quelles solutions, l’enfant voit, pour ne plus être puni. Que faudrait-il qu’il fasse pour ne plus se retrouver sur la chaise.

A ce moment, J savait très bien pourquoi il était puni. Je me suis permise de lui parler longuement, calmement. De le laisser oraliser.

Je lui ai également expliqué qu’aucun animateur ne lui en voulait personnellement, qu’il était puni pour ses actions et pas pour ce qu’il était.

Ce cadre était un peu particulier, car J est un enfant que toute l’équipe avait beaucoup repris ces derniers temps. Il y avait donc un effet d’acharnement implicite, qui était plus de l’ordre de la cause/conséquence, mais que J interprétait différemment.

 

Dans le cadre de la conversation, je lui ai demandé si parfois, il s’occupait de ses frères et soeurs.

« – Oui, ça m’arrive souvent.

– Est-ce qu’il t’écoutent toujours?

– Oh non, ils n’écoutent rien.

– Et ça te fait quel effet quand ils n’écoutent rien?

– C’est super relou, je m’énerve.

– Tu sais J, quand tu n’écoutes pas et qu’on te répète mille fois les choses, c’est un peu pareil. »

 

Cela ne s’arrête pas ici. Car la punition n’étant pas posée par moi, ce n’est pas moi qui pouvait la lever.

« – J, à ton avis, à quel moment penses-tu que tu pourras retourner dans le jeu?

– Quand je serais calme et attentif.

– Penses-tu que tu es calme à présent, où te faut-il encore 5 minutes?

– Je crois que c’est bon.

– Attention, si tu retournes dans le jeu, il ne faut pas que l’on se fâche à nouveau.

– Oui.

A ce moment là, l’animateur qui a posé la punition est interpellé pour pouvoir la lever. L’enfant explique à l’animateur à quelle condition il peut re-rentrer dans le jeu.

Il re-rentrera dans le jeu, et la séance se concluera bien.

 

L’après après est pourtant essentiel :

En toute fin de séance, j’appelle J : « J, tu vois, tu as réussi à entrer dans le jeu avec les autres. Demain, ce serait bien que tu ne passes pas par l’étape de la chaise. Qu’en penses-tu? Réfléchis à comment faire demain pour rester dans le jeu du début à la fin. »

 

Le rôle de l’adulte est donc de médiater et de faire réfléchir, plutôt que d’exclure pour avoir la paix. La punition demande donc un accompagnement très attentif.

Pour conclure, je voudrais également attirer votre attention sur un fait : un enfant puni à un endroit est assez souvent puni à d’autres : à l’école, à la cantine, au centre, à la Maison de Quartier. Soit parfois toute une journée hors du groupe.

Plus les punitions sont successives, plus l’énervement monte, plus l’enfant risque d’être puni. Le cercle vicieux par excellence.

Montrer de l’attention et de l’intérêt à ces enfants, leur confier des missions, des responsabilités, les faire participer très activement, les valoriser dans ce qu’ils font de bien pour que leurs noms ne soit pas systématiquement associés à du négatif, sont, je le pense, des alternatives pour moins punir.

Et lorsqu’il y a débordement, aller réfléchir sur la chaise. Puis en discuter très longuement.

Dans le piège des artistes : « l’objet artistique »

Depuis un an, je suis parfois amenée à travailler avec des artistes.

Quelquefois, cela se passe très bien. Les personnes sont à l’écoute des enfants, à notre écoute également. Les relations sont sereines, détendues, on sait à qui on confie le petit groupe de minots.

Et les autres fois?

Les autres fois, ce sont les instant où ma colère monte très progressivement.

Globalement, ce sont les moments que j’appréhende le plus.

 

« Écoutez mademoiselle, on a un objet artistique, on est ARTISTES, voyez-vous? On veut bien transmettre aux enfants, mais, enfin, on a notre objet« .

 

Non, je ne comprends pas.

 

Pour moi, il y a deux démarches différentes :

La démarche artistique pure et autonome de création. Celle-ci ne concerne ni les groupes d’enfants, ni le public. Elle concerne le public une fois l’œuvre achevée, où l’artiste attend les avis du public.

Il n’y a aucune notion de transmission outre l’oeuvre, et aucune notion de médiation ni de construction commune.

Et il y a …

– La démarche, multiple, si présente, de médiation de l’artiste.

Et cette démarche se multiplie pour des raisons variées : outre les subventionneurs, qui, pour permettre aux publics d’avoir des enseignements culturels de qualité, il y a la volonté de certains artistes de médiater, de partager ses connaissances.

 

Mais de là vient le danger : l’artiste va-t-il demander aux minots/ados/personnes en fragilité de s’adapter à son objet, ou va-t-il partir du groupe pour créer quelque chose de nouveau?

L’artiste se positionne-t-il en tant qu’artiste ou accompagnateur du public?

 

Sachez-le, copains artistes, artistes de tout lieux :

– Ce n’est pas parce que vous avez travaillé avec un groupe d’enfant depuis 10 ans que vous saurez particulièrement aborder celui-ci,

(- Et comme pour les professionnels de l’éducation, ce n’est pas parce que vous travaillez avec un public depuis 10 ans que vous travaillez bien depuis 10 ans… Si le temps était gage de qualité, on le saurait.)

– Le professionnel de l’enfance qui vous accueille a ce rôle, désagréable pour vous, de veiller à ce que les limites ne soient pas dépassées. Que le cadre soit respecté.

 

Et ce n’est pas à vous de déterminer ce cadre.

 

J’ai rencontré un comédien, très maladroit. Une enfant, dans un moment informel, racontait une anecdote un peu humiliante, en tous cas difficile.

Elle l’abordait sous des angles de dérision, mais la fin de l’histoire n’était pas amusante : « Je suis rentrée, mon père m’attendait, il m’a frappée ».

Lors d’une impro, il a ressorti cette anecdote. En grand groupe.

– Tu vois Machine, c’est comme toi quand tu as fait ça!

 

J’étais furieuse.

Et la confidentialité? Et le secret, dans tout ça? Même si cette histoire était racontée devant ses copains (qu’elle avait minutieusement choisi), de quel droit on reprend un épisode privé?

.

« – NAN MAIS ATTENDS, en théâtre on part de soi pour construire un personnage. C’est normal tu vois. »

Cette personne n’a pas compris qu’il n’y avait :

– aucune notion de fictif dans le rapport à cette anecdote (donc la construction du personnage, mon oeil),

– aucun respect de la vie privée de cet enfant,

– et surtout : aucune volonté pour sa part de comprendre ce que je lui expliquais.

 

Je pourrais vous donner mille autres exemples, tellement ce genre d’échanges est fréquents.

Aussi, je vais tenter d’abréger rapidement.

Sachez simplement, que je considère que mon travail est toujours de partir du public pour construire quelque chose.

De laisser émerger les choses, pour voir si ça prend.

De ne jamais arriver avec un objet quelconque, qu’on va pouvoir calquer sur tel ou tel groupe.

De s’adapter à chaque groupe, chaque année. De s’adapter à chaque enfant, à chaque problématique connue.

 

On connaît les enfants. On vous demande juste de nous écouter.

Parce qu’on les connaît, qu’ils n’iront pas vous dire certaines choses.

Vous trouverez peut-être une séance géniale, alors qu’elle aura en fait démoli quelque chose chez l’enfant.

 

Alors, lorsqu’on pose un cadre, qu’il soit temporel, que ce soit des demandes de ne pas dire certaines choses, de ne pas poser certaines questions, de ne pas agir d’une certaine manière, c’est pour protéger les enfants.

 

Et si votre objet artistique est plus fort que tout ce qu’on vous impose (car s’il y a danger, il n’y a rien de négociable), allez travailler ailleurs.

 

 

 

En finir avec l’instrumentalisation des enfants

Je m’interroge souvent sur la dynamique de projet. Nous n’avons que ces mots à la bouche.

Qu’entend-on par projet? Quels sont les objectifs?

En quoi cela va être intéressant, utile, de près ou de loin dans la vie de l’enfant?

Il y a une question que l’on évite soigneusement de se poser, de peur que cela dérange : quelle est l’influence de l’éducateur dans les projets?

 

Je parle assez souvent des projets « en papier crépon ». Ce sont pour moi les projets dont l’unique objectif est d’offrir un « beau spectacle ».

Certains éducateurs se cachent derrière la parole (rapportée) des enfants « Mais c’est eux! Ils sont en demande d’un joli spectacle pour les parents ! »

Ce qui me fait toujours réagir.

Il est si aisé de se cacher derrière la parole des minots. D’autres paroles sont souvent atténuées, pondérées, empêchées, voire totalement niées.

(Sisi, n’avez-vous jamais entendu en réponse à un enfant « Mais NON, tu n’as PAS envie d’aller aux toilettes », ou zencore « Rho mais enfin, NON, tu n’as pas mal, tu EXAGÈRES. »)

 

Comment faire alors?

Car les éducateurs, animateurs arrivent souvent avec leur bagage artistique, scientifique, de jeux collectifs. Ils ont l’envie de partager.

 

Encore une belle illusion, un joli masque. Car qui dit partage dit également réciprocité et respect de l’individu. Si un projet ne plaît pas, n’est pas adapté aux/à l’enfant(s), combien d’éducs interrompent le projet?

 

Le projet ne signifie pas l’aboutissement.

La jolie chose.

Le « beau ».

Et le beau des adultes pour ce qu’ils pensent pouvoir faire faire aux enfants.

Le beau des adultes qui n’est qu’une vision de ce qu’est un enfant. Avec l’idée des « préoccupations d’enfants, plus légères que celles des adultes ».

Une infantilisation de ce que sont les enfants, par projection fantasmée de ce qu’ils sont. (Méta, n’est-ce pas?)

Le projet n’est qu’un cheminement, un test, une expérience. Et toute expérience qui perd de son intérêt, de son sens, se doit d’être arrêté.

Car l’objectif ultime, ce n’est pas que les enfants soient dans de « beaux costumes », « disent de belles choses ».

C’est qu’ils prennent plaisir à une activité. Qu’ils aient eu envie. Qu’ils aient persévéré, malgré des moments moins agréables. Et surtout : qu’ils soient à l’aise.

Et les conséquences vont d’elles-mêmes.

 

Je me suis souvent interrogée sur les sous-entendus que l’on génère, en tant qu’éducateur : moi-même ayant de grands penchants théâtreux, j’ai toujours ouvert énormément d’idées de projets : enregistrer une chanson, faire de la danse, construire des voitures articulées, fabriquer un instrument ou un outil.

Beaucoup de projets se sont recoupés vers le théâtre.

Est-ce moi qui influence? Qui guide insidieusement vers le théâtre?

Oui, je le crois.

Forcerai-je une activité théâtrale parce que c’est « mon truc »?

Certainement pas.

 

L’année passée, nous avons proposé un atelier de lecture théâtrale à haute voix. J’étais très sceptique.

J’avais peur du scolaire. De l’ennui. Que cela se passe « assis autour d’une table ».

« Non non », m’a-t-on dit, « tu verras, Raphaël est super chouette ».

Première séance. Les enfants sont assis autour d’une table. Ils piochent des livres de  théâtre sous une couverture.

Je suis très sceptique. Les enfants aussi.

Ils me semblent passifs.

La lecture commence. Deux lisent, les autres écoutent.

Je m’angoisse. Était-ce une bonne idée?

Puis vient l’exercice collectif.

Les enfants choisissent une onomatopée, rappelant la guerre. Puis, à la manière d’un chef d’orchestre, Raphaël les désigne pour qu’ils disent leurs onomatopées.

Ça s’accélère. L’enjeu grandit. Les enfants s’amusent, réclament.

 

Les deux séances de découverte s’achèvent. Elles auraient pu s’arrêter ici.

Mais les enfants ont réclamé : « Il revient quand, Raphaël? » « Pourquoi c’est fini? On aimait bien! »

Je leur ai rappelé les projets d’enfants : « Les enfants, vous savez, dans le cadre des projets d’enfants, vous pouvez me dire ce que vous aimeriez faire cette année. Et nous construiront cela ensemble. »

La réponse était unanime : du théâtre avec Raphaël.

Quelle a été l’issue de ces séances? Pas un spectacle, ni une lecture, ni même une salle décorée en crépon.

Une simple séance ouverte. Une présentation de ce qui a été fait à l’année.

 

Et le résultat?

Un confort immense des enfants. Un trac à peine perceptible. Tous riaient, mais tous ensemble. Pas les spectateurs d’un côté et les acteurs de l’autre.

Et la fierté des parents : car une séance ouverte, c’est une fenêtre sur notre quotidien. Et un autre regard porté sur leurs enfants. Un regard positif et joyeux.

 

Alors par pitié, lorsque les enfants vous réclament « un beau spectacle » avec « de beaux costumes », posez-vous quelques instants.

Et remettez-vous en question. Car n’est-ce pas vous, en tant qu’adulte, qui attendez la reconnaissance inhérente à un « beau spectacle » et à une belle mise en scène?

 

 

« Ah non, l’école ne fait pas du social »

Les débuts d’années, comme partout, amènent des points de situation des enfants (ceux que nous retrouverons, qui ont grandis, ceux qui sont partis au collège).

En discussion avec une collègue, elle m’évoque le cas du petit Machin. Il est arrivé en cours d’année chez nous, fouteur de bordel terrible, mais très attachant. Avant même de parler d’école, de jeux, de projets, il fallait initier la base : le rapport à l’adulte.

Peu à peu, pendant l’année, cet enfant s’est apaisé. Il criait moins, était moins agressif envers les autres. Il s’impliquait dans les projets. Il passait spontanément nous dire bonjour.

Son départ en 6e a été un déchirement pour tout le monde :

la famille, qui aurait préféré qu’il reste chez nous,

l’enfant, qui me disait à chaque rencontre « moi je veux rester ici. Moi j’ai redoublé, de toutes façons, je veux rester en CM2 ».

Et pour l’équipe d’animation, qui sentait bien que cet enfant, s’il avait passé une année de plus avec nous, serait reparti plus solide sur ses deux pieds, et moins enclin à déraper.

Et les nouvelles de début d’année furent brutales. Le petit Machin retourne tout le collège. Tous perdent patience.

Et LA phrase brutale, horrible, qui me tord encore l’estomac :

« Le collège fait ce qu’il peut. Mais le principal m’a bien dit que l’école n’avait pas à faire dans le social. »

J’en deviens vulgaire.

J’en perds mes mots.

J’ai envie de HURLER.

 

Pas dans le social? Qu’est-ce que vous entendez là dedans?

Un enfant, pardon, un élève qui entre dans l’enceinte de l’école oublie tout?

Sa situation, sa vie quotidienne? Les charges de travail de la maison, les règles que les autres adultes lui donnent?

Cela signifie que tous les enfants qui entrent sont, à vos yeux, égaux? Le petit Bidule qui est dans une maison à lui, encadré par ses parents a autant de chance que le petit Truc, en hôtel social, dans une seule pièce, à s’occuper de ses frères? Et au vue de ces conditions de vie inégale, le savoir est délivré également entre tous les enfants, sans adaptation?

(mais je m’égare).

 

Je suis révoltée.

Révoltée de ce parti pris.

Cette conception de l’éducation, en « professeur délivreur de savoirs », sans recherche des conditions qui peuvent faire que JUSTEMENT, le savoir va mieux passer, m’horrifie.

L’idée que l’enfant soit coupé en tranches, avec :

– les règles de la maison,

– les règles du Centre de Loisirs

– les règles des copains,

– les règles de l’école

– et enfin : au bout de toutes ces règles souvent contradictoires et antithétiques, : l’enfant qui essaie de faire la part des choses, de réfléchir par soi-même.

Tout ça est balayé d’un revers de la main.

Et pire encore.

Cela veut dire qu’on ferme les yeux sur la réalité des enfants. Leur quotidien à eux.

On est dans une espèce d’idéal éducatif : Oui, le savoir est tellement noble qu’il arrivera aux oreilles des écoutants.

Par contre, ne déconnons pas, si c’est de l’ordre du social, on ne s’en occupe plus. On ne peut plus rien faire.

 

Attention, je ne sous-entends pas ici que l’école se doit de résoudre ces problèmes. Les instances ad hoc (services sociaux, médicaux, etc) sont en constante réflexion pour que les vies des autres soient les moins merdiques possibles. Pour trouver des solutions pour que le savoir passe. Que l’urgence (d’une maison, de manger, de faire du sport) soit résolue, et que l’école et le savoir puissent être entendu et accessible.

 

Mais le rejet immédiat d’une situation douloureuse, complexe, le rejet de l’enfant car « c’est de l’ordre du social » me terrifie au plus haut point.

Cela m’ouvre une fenêtre sur les attentes de certains institutionnels qui me glace le sang. L’attente d’élève « comme ci, comme ça ». Avec un élève cadré en fonction de l’adulte qui explique. S’il sort du cadre, hop, dehors.

Je n’attends pas que l’école fasse tout.

J’attends que l’école s’associe avec les autres acteurs éducatifs. S’ouvre sur justement, les instances sociales, d’éduc’ pop. Qui pensent aussi au bien être des enfants. Qui souhaitent leur réussite.

Et penser collectivement permet de voir aux enfants que non, on ne les coupe pas en tranches.

 

Et le petit Machin? Il sera probablement exclu du collège. Pour la suite, on cherche avec les acteurs éducatifs.