Construire son propre rapport au corps

Le rapport au corps lorsque née fille est particulier. C’est un rapport dominé par autrui.

L’autre se sent concerné par ce corps. Trop maigre, trop gros, disproportionné ou harmonieux. Et se sent autorisé, et souvent encouragé à exprimer son avis à des instants ou nul (et surtout pas la principale intéressée) ne lui a demandé.

 

C’est un cercle insidieux, car le rapport au corps commence souvent par la vision qu’en possède autrui.

Ainsi, paradoxalement, les personnes se permettant réflexion possèdent parfois les stigmates de viles critiques sur leur propre corps. Des critiques mal digérées, mal intériorisées.

 

Cela a commencé dans mon cas par les individus que l’on côtoie le plus, qui par un lien émotionnel se sentent concernés par tous les axes de la vie de leur entourage.

 

Souvent, ces commentaires sont insidieux.

« Tu vois, il ne faudrait pas grand chose pour que tu sois bien. Tu es naturellement plantureuse, mais il faut perdre un peu pour être comme Machine ».

 

J’ai toujours adoré cette notion « d’être bien ». Qu’est-ce que cela peut signifier ?

Être bien, c’est un état interne. Je suis bien à l’intérieur de moi-même.

Or ici, c’est un jugement sans appel. Le bien-être ne correspond pas à l’intériorité de la personne, mais à la vision sociétale de ce que l’autre pense du bien-être.

Et selon cette vision, le bien-être mental ne peut être effectif et véritable qu’avec une enveloppe collant aux idéaux imposés par les canons de beauté.

 

Parfois ils sont justes violents. Déraisonnés. Irrationnels.

« De toute manière, toi comme tu es, tu es une petite pute, hein ? ».

 

Je n’ai toujours par compris cette phrase, qui était tombée comme un couperet, sans annonce ni précédent. Je n’ai toujours pas compris l’objectif de cette personne, qui a cru faire de l’humour à une jeune fille de 11 ans. Je n’ai pas compris l’absence de réaction des personnes assistant à cette petite phrase.

Cela m’a toutefois permis de comprendre le degré d’acceptation de chacun. Du public au sourire figé, de l’énonciateur satisfait.

 

Le temps avance. Les commentaires divers et variés se superposent.

Les réactions sont multiples : la surprise, la honte, le désarroi, la peine.

Puis vient la colère.

Une colère sourde. Violente.

 

Puis vient son aboutissement : une réponse.

Elle est crue, sans artifices. Elle est une réponse à cette superposition de commentaires désobligeants. Elle sonne comme le glas, glace le sang des protagonistes.

 

Et pour autrui, qui se sentait dans son bon droit, qui pensait « aider », vient la stupéfaction.

La stupéfaction de voir la personne répondre. Manifester des sentiments intériorisés depuis longtemps. De voir une argumentation construite.

Non, ces commentaires n’ont aucune visée d’aide. Ils sont essentiellement effectués dans le but de rabaisser la personne qui vous fait face.

Oui, c’est une forme de méchanceté. De venir dire quelque chose de purement gratuit, qui fera de la peine, simplement parce que votre définition du corps est différente de l’image que vous renvoie la personne en face de vous.

 

Ces antithèses de regards, ces commentaires irréfléchis, prononcés sans le filtre entre le cerveau et la bouche sont des traces indélébiles.

Ils pointent une antithèse que j’ai ressenti jusqu’à maintenant. Ce corps qui m’enveloppe, avec qui je suis parfois fâchée, parfois satisfaite, provoque des réactions trop antithétiques pour énoncer une vérité quelconque.

 

S’autoriser à répondre à ces personnes, c’est mettre en exergue leur méchanceté et leur vision stéréotypée.

C’est aussi mettre en avant que le corps d’une femme n’a pas à être soumis à un quelconque commentaire, à la validation ou l’infirmation de quiconque.

2 réponses sur “Construire son propre rapport au corps”

  1. Répondre ou pas, écouter ces remarques ou pas, tant que tu parviens à conserver ta conviction propre, tu as gagné, tu ne crois pas ?

    Avec le niveau d’intelligence qu’on possède et la science qu’on a construite, notre monde pourrait être le plus confortable qui ait jamais existé. Pourtant, on se construit agressions et oppositions à tous les coins de rue. C’est à croire qu’on ne peut se sentir vivant sans avoir à se battre.

    Certaines luttes valent le coup, il ne s’agit pas de se laisser faire ou d’accepter n’importe quoi, mais les prendre trop à cœur est sans intérêt. Pour moi, elles ne sont que le reflet d’une société tellement confortable que certains individus ne trouvent rien de mieux pour passer leur temps qu’écraser les égos et droits des autres. Regarde la « manif pour tous ».

    1. Outre les exemples qui me sont propres, j’ai pu constater que cela s’ancre dans une lutte plus globale, liée au corps de la femme.
      Celui-ci est voué à la validation de ses pairs. Le corps de l’homme n’est pas soumis à un tel jugement.
      En tant que femme, j’ai intériorisé ces commentaires (approbateurs ou désapprobateurs). Les ignorer, certes, toutefois c’est la démarche qui me dérange.

      Et en ce qui me concerne, la réappropriation du corps de la femme passe également par le refus des commentaires :).

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