Tête bêche 8 – 8 novembre 2017

L’aventure tête bêche continue avec Amélie!

Pour rappel, chacune offre une phrase à l’autre. Cette phrase peut être extraite d’un livre en court de lecture, un futur à lire ou un livre aimé.

Pour ce huitième pan, Amélie m’a offert une phrase de Abraham et fils, de Martin Winckler : « Un soir, un gamin à vélo vient frapper à ma porte pour me demander d’aller très vite chez les Moreno. »

Quant à moi, j’ai choisi un extrait de L’homme de l’hiver, de Peter Geye : « Ces humeurs duraient une minute ou une heure, mais elle était délicieuse alors ».

J’ai acheté ce livre très contemplatif lors d’une période triste, faite d’attente et d’ascenseurs émotionnels. J’avais besoin de m’évader par les mots, les paysages littéraires et les émotions douces.

 

Et comme les paysages du roman de Peter Geye, je vous laisse voyager avec le texte d’Amélie, qui m’a permis de m’évader, lui aussi..!

*

Le texte d’Amélie

Ces humeurs duraient une minute ou une heure, mais elle était délicieuse alors. Plus chaude qu’ailleurs, et par conséquent, plus agréable. La différence entre la température de l’air et la sienne était parfaite et rendait l’entrée facile. On pouvait s’y mouiller les orteils puis les mollets jusqu’aux cuisses en l’espace de très peu de temps. Puis venait le bassin, la poitrine, les épaules, et la tête enfin, on la plongeait sous l’eau d’un coup et on ressortait quelques secondes plus tard, pour voir comment le paysage avait changé, une fois les cheveux mouillés.

Mais voilà, ça ne durait jamais longtemps, une minute ou une heure bien sûr c’est une façon de parler, mais j’avais entendu tellement de gens raconter qu’ils n’avaient pas vu le temps passer. Qu’ils s’étaient laissé embarquer. Qu’ils avaient eu beau courir contre le courant, ça n’avait pas marché. Qu’ils avaient perdu pied.

Quand ils pouvaient encore me le raconter, c’était une bonne chose ; ça voulait dire qu’ils s’en étaient sortis. Mais ce n’était pas toujours le cas ; notre plage était devenue célèbre pour ça. Des unes de journaux qui font dire aux vacanciers d’ailleurs, « on a bien fait de ne pas aller là-bas ».

Moi je l’aimais toujours, notre eau bordée de plage bordée de pins, les parcs à huîtres et les cabanes de pêcheurs de l’autre côté, le soleil qui tombait dans l’eau le soir, en reflets. Je connaissais ses limites. Je savais reconnaître le moment où elle n’était plus bienveillante ; où elle se faisait dangereuse.

À dix-neuf ans, j’avais suivi la formation de sauveteur, avec dévotion, presque. J’avais la sensation palpable que je tissais là de grandes choses, que je pourrais grâce à elle réconcilier humains et éléments, apaiser les uns et calmer les autres. Réparer.

L’idée d’être là au moment de bascule me plaisait. Le sentiment d’être indispensable, sans doute.

J’avais fait la formation avec Antonin, mon copain d’enfance, celui avec qui on avait mangé des tas de bracelets de bonbons acidulés pleins de sable sur la plage, construit des châteaux et creusé des trous jusqu’à l’eau. Antonin avec qui on s’était planqués mille fois quand les parents appelaient pour dire qu’il fallait rentrer, avec qui, plus tard, ados, on avait bivouaqué dans les dunes. Avec qui on s’était baignés, tellement souvent, un quotidien jamais épuisé. Apprendre ça ensemble, c’était le prolongement logique des choses.

Ce ne serait pas le cas de la suite. La suite, ce serait le bordel, l’inouï, l’invraisemblable, le choc, cette expression des cordonniers les plus mal chaussés qui resterait longtemps en travers de ma gorge. Mais je raconte dans le désordre, et si je veux que vous compreniez, sans doute que je devrais faire ça de manière chronologique. Bon.

Un soir, un gamin à vélo vint frapper à ma porte pour me demander d’aller très vite chez les Moreno.

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Si vous souhaitez retrouver mon texte, je vous invite à aller le voir sur le blog d’Amélie, en cliquant ici!

Et retrouvez tous les précédents épisodes de Tête bêche!

 

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