Nous ne sommes que mi-novembre

Il y a eu cette petite fille, au cousin tué en pleine rue à coup de marteau.

Sa peine et son chagrin. Son courage tellement palpable.

 

Il y a eu cette maman, venant un soir alarmée.

Elle ferme la porte du bureau, ce n’est pas bon signe.

« Mathilde, je viens vous voir car je me sens en insécurité sur le quartier. Je suis ici depuis un an, je me sens mal. Et je culpabilise de laisser ma fille dans cet environnement.

Vous qui êtes professionnelle, qui travaillez dans le domaine de l’éducation, auprès des enfants, dites-moi : est-ce que les enfants ici peuvent s’en sortir ? »

Ma réponse était alambiquée, alternant conviction, projets politiques et réalité criante.

La mère est ressortie plus détendue.

Je suis ressortie blanche et à fleur de peau.

 

Il y a eu ces sorties à 23 enfants, si réjouissantes mais si fatigantes.

 

Il y a eu cet enfant, qui a eu un comportement dangereux en sortie. La conséquence, de ne pas l’emmener à la sortie du lendemain.

Il y a eu son père, en colère, hurlant au téléphone et me raccrochant au nez.

 

Il y a la planification perpétuelle. L’organisation, la médiation, l’écoute.

 

Il y a eu le défaut de surveillance d’un anim. Il n’était pas là pour surveiller le groupe. Il devait passer très rapidement aux toilettes. Il a prit une pause.

Il y a eu la conséquence, sa mise à pied.

Il y a eu une autre conséquence, un message reçu sur mon téléphone. Pas très gentil, très injurieux, un peu menaçant.

 

Il y a eu la hiérarchie, qui est intervenue.

Il y a eu chaque personne me donnant des conseils.

Il y a eu les proches, en colère, alertés, écœurés.

Et moi au milieu.

 

Il y a eu, au milieu de ce bourbier, des bisous d’enfants, des rires, des conversations. Quelques beaux échanges avec les familles.

Heureusement.

 

Il y a eu cet enfant, qui déménage, qui a pleuré quand j’ai annoncé un probable mini-séjour en avril.

 

Il y a les partenaires, si affairés. On n’arrive plus à bien faire.

On fait, on tire, on s’essouffle. On s’épuise.

 

Il y a moi, au milieu de ça.

Nous ne sommes que mi-novembre.

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