Le service civique : je voulais juste manger, on m’a bassinée avec mon engagement.

J’ai été en service civique, de septembre 2011 à juillet 2012. Le stage et le service civique n’ont pas les mêmes modalités (ni le même traitement humain, donc).

 

Stage et service civique : dans la théorie et l’idéal.

Le stage, dans les textes, est une période de découverte et d’apprentissage du monde professionnel, en relation avec un cursus universitaire. C’est un temps de mise en compétences, entre la méthodologie et la rigueur acquise à l’université et les réalités et exigence d’une entreprise.

Il ne peut durer que 6 mois maximum, et peut se renouveler une fois seulement. Toutefois, on peut être stagiaire pendant plusieurs années : si le temps par stage est défini, le nombre de stages possibles peut être infini.

 

En ce qui me concerne, j’en ai fait 3 :

– Un d’un mois (je suis partie), mais le stage durait 3 mois;

– Un de six mois;

– Un d’un an, en alternance (BPJEPS).

Soit un tout petit peu plus d’un an et demi en tant que stagiaire.

 

L’enjeu (théorique, encore une fois) se situe donc au niveau de la formation du stagiaire, qui effectue des inférences entre ses compétences (universitaires ou professionnelles) et les enjeux de l’entreprise, que lui soumet son tuteur.

(Ces enjeux sont, théoriquement, validés par l’université.)

 

Toujours en théorie, le service civique, quant à lui, n’a pas d’enjeux opérationnels. Cela signifie que l’on n’attend pas d’un jeune engagé en service civique qu’il soit rentable pour l’entreprise d’accueil.

C’est un engagement pour les jeunes, un moyen de découvrir certains secteurs d’activités humanistes (développement durable, éducation populaire, culture pour tous, santé, etc).

 

Le service civique est une implication longue : de 6 mois à un an, reconductible un an. Contrairement au stage, on ne peut faire qu’un service civique dans sa vie (sauf si les textes ont changé depuis). Il est donc essentiel de bien choisir son secteur d’activité.

Le service civique n’implique pas une présence continue dans l’entreprise : la plupart proposent d’y être 26h par semaine, pour, je suppose, éviter d’être pointés comme des emplois déguisés.

À l’époque, il n’était pas obligatoire, il l’est devenu à présent.

 

Dans les textes, il n’y a pas de compétences particulières à avoir pour effectuer un service civique. C’est simplement une volonté pour un jeune de découvrir un secteur, et de s’y engager.

Vous l’aurez remarqué, la notion d’engagement associée au volontariat est dominante, car c’est le seul critère pour entrer en service civique. Par ailleurs, notre petit nom associé à notre statut est celui de « volontaire ». Là où j’étais, nous étions appelés « SCV » (service civique).

Et comme pour tout, ce terme a des implications réelles, concrètes, et très pénibles sur le quotidien d’un volontaire.

 

Le recrutement : vers l’humanisme ou la recherche de rentabilité ?

Le service civique a été une formidable opportunité pour les associations (qu’elles soient de grandes fédérations ou des structures de proximité) d’accueillir des jeunes diplômés, compétents, et à bas coût.

Si les structures ne peuvent pas exiger un niveau universitaire (car l’engagement n’a, en théorie, aucun lien avec le parcours scolaire), la plupart recrutent des jeunes très qualifiés.

Ces jeunes ne se présentent qu’en service civique uniquement pour pouvoir accéder au marché de l’emploi.

 

Sur mes camarades engagé(e)s, comme moi, en service civique, je n’ai croisé que des SCV allant de bac +3 à bac +8. Certain(e)s avaient parfois un double master.

Malheureusement pour nous, si nous étions éduqué(e)s nous n’étions pas encore rentables : pour les employeurs, nous n’avions pas assez d’expérience professionnelle.

Sur les personnes que j’ai rencontré, nous avons toutes et tous utilisé le service civique pour acquérir une expérience longue à valoriser sur le CV.

 

Les entretiens que j’ai passé pour entrer en service civique étaient équivalents à de vrais entretiens d’embauche. Les questions posées étaient relatives à mon parcours, mes expériences professionnelles, mes activités bénévoles, et vérifier mon engagement et l’adéquation entre mes valeurs et celles de la structure.

(J’ai même eu droit aux questions idiotes sur les défauts et qualités. Oui, c’était un réel entretien d’embauche).

 

J’en ai d’ailleurs passé 3, pour entrer en service civique :

– Le premier, avec un interlocuteur seulement, pour définir mes secteurs de compétences et « l’endroit où je serais le mieux »,

– Le second, avec cette même personne, la directrice d’une structure, et le directeur des directeurs de structure.

J’étais en concurrence avec une autre personne. Je n’ai pas eu ce poste, car selon mon interlocuteur, je ne « correspondais pas au public de la structure ».

– Un troisième entretien, composé du même jury que pour l’entretien numéro 2. Pour celui-ci, « le poste est à vous, c’est simplement l’occasion de rencontrer la directrice de structure ». La directrice n’a donc pas eu le choix de mon arrivée.

 

Rentable, pas chère, et en-ga-gée !

Comment peut-on insister sur la notion d’engagement, de volontariat, d’humanisme, quand la pression exercée à l’arrivée est aussi importante ?

Pendant ces entretiens, je me suis vendue, j’ai bataillé ! Car outre l’observation minutieuse de mes recruteurs sur mes compétences (qui ont été amenée à être rentabilisées), j’ai passé plus d’entretiens que pour le poste que j’occupe actuellement.

Les recruteurs savent et voient que les jeunes qui se présentent sont en détresse professionnelle. Ils constatent nos compétences, ils sont conscients que notre impossibilité à accéder au marché de l’emploi est corrélé au manque d’expérience professionnelle exigé par les recruteurs.

 

Mais comment peut-on se gargariser de valeurs humanistes, d’éducation populaire, d’apprendre en faisant, après 3 entretiens, des demandes de compétences et des idées de génie ?!

 

On nous demande donc de coller aux valeurs du service civique tout en étant dans une procédure classique de recrutement, de sélection et de concurrence.

 

L’ironie est à son paroxysme et l’on entre ainsi dans une dynamique assez pénible : l’insistance constante sur mon engagement, mon volontariat, mes valeurs.

Oui, je me suis engagée en service civique dans le domaine de l’éducation populaire par conviction.

Oui, je suis dans l’animation car je pense que c’est un domaine essentiel de l’éducation populaire.

Mais :

Si j’avais pu avoir un vrai poste me permettant de porter toutes ces valeurs, je l’aurais fait

Être payée 540€ par mois n’est pas une passion.

Recruteurs comme volontaires sont conscients de la précarité de ma situation, et que ce statut n’est qu’un tremplin vers l’emploi.

Alors :

Arrêter d’insister sur mon engagement. Mon implication.

Je suis impliquée dans des valeurs. Pas dans un statut.

 

« Ah, c’est bien de s’engager !»

Et la confusion s’effectue pendant toute la durée du service civique.

Car, si les missions sont chouettes, l’apprentissage réel, l’encadrement souvent non négligeable du tuteur, on fait également la petite main.

On occupe des missions que les entreprises ne peuvent pas porter à l’année. Ce sont parfois des projets entiers.

On voit pertinemment que, sans nous, la machine tournerait moins bien (il y avait énormément de SCV là où j’étais. Pendant mon volontariat, j’en ai croisé pas loin de 8).

Mais tous se donnent bonne conscience : le jeune, il est là parce qu’il est engagé au service d’une bonne cause.

 

Et sur les missions ?

Dans l’association où j’ai été, j’ai été une des seules à avoir plusieurs tuteurs. Trois au total, car à cheval sur plusieurs missions et plusieurs structures.

La gestion est très compliquée en tant que service civique, car j’ai été finalement assez seule avec des consignes parfois contradictoires.. Ou la sensation à certains moments de ne pas savoir à qui se référer en cas de problème.

J’ai eu la chance d’avoir une tutrice me permettant de porter des projets, de développer des idées.

La seconde m’a véritablement formée à l’éducation à l’image. Elle était très consciente de notre précarité, et n’a jamais joué avec les « valeurs engagement ». Elle a été très à l’écoute de nos besoins d’apprentissage et de formation.

Le troisième m’a considérée comme une salariée, m’a mis dans des conditions complexes, et m’a insidieusement exigé d’être rentable.

 

Mon recruteur initial m’a également positionnée sur des missions en amont, décidé en collectif de direction. Mon avis a été faussement demandé longtemps après. Ce genre de procédés se rapprochent plus des conditions du salariat (et encore, d’un salariat à vomir) que de l’engagement.

 

Et les perspectives de tout ça ?

A présent, je ne cesse de rappeler aux employeurs d’association qu’en tant que volontaire, on cherche juste à manger.

Que l’on est très conscient de nos compétences, et de pourquoi on nous embauche.

Que l’on connaît notre coût à l’entreprise : 100€/mois. Le reste est payé par l’État.

Que l’on recherche juste à affiner notre CV.

Alors, par pitié, cessez de nous bassiner avec notre engagement. Nous avons des valeurs. Des convictions. Mais celles-ci ne sont pas liées à notre statut.

 

Et surtout : que si vous insistez sur les valeurs de mon engagement, appliquez les valeurs de vous mettez en avant pour les entretiens.

La concurrence entre jeunes, la course pour leurs compétences, la recherche d’un jeune « pas si jeune mais pas si vieux ». Est-ce vraiment en adéquation avec les valeurs d’une entrée en Service Civique ?

2 réponses sur “Le service civique : je voulais juste manger, on m’a bassinée avec mon engagement.”

    1. Désolée, je n’avais pas vu ton commentaire!
      Le service civique n’est pas une mauvaise chose. Mais comme tous les statuts précaires, il est important d’être vigilant aux objectifs du SCV, de son rôle dans la structure (pas un emploi déguisé).. Et de la possibilité de réorienter les missions en fonction de ses objectifs persos.
      N’hésite pas à me montrer les annonces qui t’allèchent, on peut regarder ça ensemble 😉

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