L’art de la joie

On parle souvent de la gestion de groupe, de la pédagogie de groupe, du rôle et positionnement de l’animateur/éducateur.

Car oui, gérer un groupe, ça s’apprend. S’occuper de 15 (ou plus) enfants ou ados, ce n’est pas naturel et c’est compliqué.

Alors on aborde souvent, avec grand sérieux, comment on encadre ce groupe.

Mais…. On aborde assez peu souvent l’importance de la joie et de la légèreté à apporter.

 

Je me permets de plaisanter avec les enfants. A user d’ironie, de situations absurdes.

De danser, de rire, d’imaginer ensemble. Sans dire à un enfant qu’il est fou (ne me regardez pas en biais, c’est si fréquent).

De rire avec les autres animateurs, les intervenants, les enfants, les parents.

D’être joyeuse, d’être contente. Et de le partager. Et à l’inverse, quand je suis exténuée ou malade, de le dire aussi (« Aujourd’hui, les enfants, je vous préviens, je manque de patience »)

 

Cela vous semble simple et naturel?

Pourtant, énormément d’adultes pensent que rire avec les enfants est antithétique avec l’autorité. Ben wai.

Alors que pour moi, il y a des moments où l’on ri, des moments où l’on se fâche. Comme dans toutes les situations de la vie.

 

Petit exemple concret :

Nous sommes dans une salle polyvalente, dans une des antennes. Cet espace coupé en deux ne peut s’ouvrir qu’à l’aide d’une cloison amovible.

Ce soir, animation. Je demande à un animateur s’il veut bien ouvrir la cloison.

Il se met devant, mime de mettre une impulsion magique. « Attends, attends », que je lui dis.

Je me mets en position : de 3/4, jambes semi-pliées, bras joints, poignets collés et mains ouvertes : « KA-ME-HA….ME….HAAAAAA! »

(évidemment, le premier essai n’était pas concluant. Il a fallu l’aide de plusieurs enfants, naturellement levés et gloussants, pour que la cloison s’ouvre magiquement).

 

Jouer au téléphone-banane, dire « salut » et ne pas se formaliser au moindre « ouais », discuter sur si je suis vraiment une super-héros (« Mais NON Mathilde, tu peux pas zêtre une super-héros! T’as pas de supers-pouvoirs! »), est-ce que cela réduit mon autorité?

A mon sens, bien au contraire. Car les enfants ont vu des situations alternatives à la colère, à la rigidité. Ils ont vu ce qui était possible lorsqu’il y a détente des adultes.

 

La joie dans le groupe se manifeste par l’aisance de chacun dans le groupe. De chacun, c’est autant les enfants, qui peuvent nous raconter leur ou des histoires, que nous, qui pouvons faire des kaméhaméha.

C’est un climat de confiance propice au jeu, à l’invention, à la création, sans décrédibilisation. D’aucune des parties.

C’est la possibilité pour les enfants de nous faire des bisous. De ne pas en faire s’ils n’ont pas envie.

 

Je souris toujours, intérieurement, lorsque j’entends des personnes extérieures me dire « ton groupe est trop cool ». Oui, ils sont cool. Mais parce qu’ils ont un espace d’expression et un cadre qui le leur permet.

 

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