Créer du lien avec les familles

« Ce parent, quelle plaie… Je lui ai dit, que le goûter n’était pas équilibré! Que c’était à lui de se faire respecter! Je lui ai dit maintes fois que le petit Bidule devait se coucher plus tôt! 22h, c’est pas une heure pour un enfant! Rho mais il n’écoute rien, moi je laisse tomber« .

Ça vous rappelle des choses?

Combien de fois ais-je entendu des professionnels de l’enfance posséder un discours infantilisant, voire condescendant vis à vis des familles?

 

Lorsque je suis arrivée il y a un an à la Maison de Quartier, le rapport avec les familles était très compliqué. Un lien de méfiance, une observation mutuelle.

Progressivement, à force d’expliquer notre rôle, nos missions, les choses se sont apaisées.

Et repositionner le rôle de chacun a beaucoup joué.

Plusieurs parents sont parfois arrivés désarçonnés. Par l’école, l’institution. Le conseil de l’école, du psy, de Trucmuche ou d’Untel qui entre en contradiction. Et les parents qui se retrouvent perdus, pensant que pour bien faire, il faut suivre l’avis d’un professionnel.

« Mais Madame/Monsieur, qui est le premier éducateur de l’enfant? »

Doute. Incertitude.

« C’est VOUS! L’école n’apprend pas aux enfants à lacer ses chaussures. A enfiler son cartable. A boire dans un verre!

Les avis que je vous donne n’engagent que moi. Les conseils que je vous donne ne sont pas des décisions que je prends pour votre enfant. Vous devez réfléchir à ce qui est le mieux pour lui, et avec lui ».

Et le regard évolue. Petit à petit, les relations se construisent avec les familles.

J’ai toujours refusé de m’introduire dans la vie privée de la famille. Les réflexion de l’ordre de « il devrait se coucher à telle heure » ou « il ne doit pas manger ça » me semblent déplacées et intrusives.

Je ne fais qu’écouter que ce que les enfants ou parents me disent. Je signale toujours qu’il y a certaines choses que je n’ai pas à savoir.

Car il me semble qu’une segmentation est nécessaire. Sans ignorer les autres univers de l’enfant, je n’interviens que dans la sphère partagée par l’enfant et l’éducateur.

 

Et viennent les moments positifs. Qu’il est essentiel de dire aux familles.

 

Je me souviens de cet enfant, légèrement psychotique, qui a réussi à faire son travail seul. Je me souviens de l’étonnement de la maman, qui pensait que j’appelais pour signaler une bêtise.

Je me souviens de la distance, après ma présentation. Du « merci » étonné, à la fin du coup de fil.

Et je me souviens de notre dernier appel. Amusant, chaleureux.

 

Je me souviens de cet enfant, qui a mis longtemps à s’organiser, qui a ruiné un cahier de textes. De ces moments durs avec la famille, car on explique les soucis.

Et de cette séance magique. L’enfant, autonome, a tout fait seul. Il a même proposé de mener une activité

Il a grandi en l’espace d’une séance.

De cette fin de séance « Tu te souviens, Bidule, on doit parler à maman ». L’enfant, fier, qui arrive près de sa mère.

« Madame, votre fils a fait une séance exceptionnelle. »

– Vous parlez bien de mon fils, le petit Bidule?

-Oui !

C’est une blague que vous me faites.

 

J’en aurais pleuré.

Les familles de ces enfants en grande fragilité ne sont sollicités que pour le négatif. Le positif est considéré comme un « retour à ce qui devrait être normal », dans la norme d’un groupe.

Mais peut-on vraiment exiger de tous les enfants la même chose?

 

Et les conclusions sont extraordinaires :

Les familles qui reviennent cette année sont détendues. Elles viennent avec le sourire, sans appréhension.

Elles commencent à aborder les problèmes de fond. Nous réfléchissons ensemble à des solutions pour les enfants.

 

Et ce rapport, agréable, chaleureux, réconforte les enfants.

Enfin, une dernière anecdote pour la route.

 

Ce papa d’un enfant qui possède de gros problèmes de comportements. Intenable, pénible, « il a fait craquer tout le monde ».

En fin d’année, j’attrape son père. Lui explique que son fils est très intelligent, que oui, il nous a parfois fait rager. Mais qu’il n’est pas méchant, loin de là. Et surtout, qu’il a des envies qu’il faut canaliser. Et que certains adultes, et je me comprends dedans, l’apprécient vraiment.

De désarroi, de surplus d’émotions, il est parti. Brusquement.

Parce que le portrait que l’on avait fait de son enfant, tout d’un coup, se brisait. Parce qu’il y a certains adultes qui croient en lui, et le prennent comme il est.

Parce que le positif de l’année, à l’échelle de son année, pas celle du groupe, est énoncée.

 

 

2 réponses sur “Créer du lien avec les familles”

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