« Ah non, l’école ne fait pas du social »

Les débuts d’années, comme partout, amènent des points de situation des enfants (ceux que nous retrouverons, qui ont grandis, ceux qui sont partis au collège).

En discussion avec une collègue, elle m’évoque le cas du petit Machin. Il est arrivé en cours d’année chez nous, fouteur de bordel terrible, mais très attachant. Avant même de parler d’école, de jeux, de projets, il fallait initier la base : le rapport à l’adulte.

Peu à peu, pendant l’année, cet enfant s’est apaisé. Il criait moins, était moins agressif envers les autres. Il s’impliquait dans les projets. Il passait spontanément nous dire bonjour.

Son départ en 6e a été un déchirement pour tout le monde :

la famille, qui aurait préféré qu’il reste chez nous,

l’enfant, qui me disait à chaque rencontre « moi je veux rester ici. Moi j’ai redoublé, de toutes façons, je veux rester en CM2 ».

Et pour l’équipe d’animation, qui sentait bien que cet enfant, s’il avait passé une année de plus avec nous, serait reparti plus solide sur ses deux pieds, et moins enclin à déraper.

Et les nouvelles de début d’année furent brutales. Le petit Machin retourne tout le collège. Tous perdent patience.

Et LA phrase brutale, horrible, qui me tord encore l’estomac :

« Le collège fait ce qu’il peut. Mais le principal m’a bien dit que l’école n’avait pas à faire dans le social. »

J’en deviens vulgaire.

J’en perds mes mots.

J’ai envie de HURLER.

 

Pas dans le social? Qu’est-ce que vous entendez là dedans?

Un enfant, pardon, un élève qui entre dans l’enceinte de l’école oublie tout?

Sa situation, sa vie quotidienne? Les charges de travail de la maison, les règles que les autres adultes lui donnent?

Cela signifie que tous les enfants qui entrent sont, à vos yeux, égaux? Le petit Bidule qui est dans une maison à lui, encadré par ses parents a autant de chance que le petit Truc, en hôtel social, dans une seule pièce, à s’occuper de ses frères? Et au vue de ces conditions de vie inégale, le savoir est délivré également entre tous les enfants, sans adaptation?

(mais je m’égare).

 

Je suis révoltée.

Révoltée de ce parti pris.

Cette conception de l’éducation, en « professeur délivreur de savoirs », sans recherche des conditions qui peuvent faire que JUSTEMENT, le savoir va mieux passer, m’horrifie.

L’idée que l’enfant soit coupé en tranches, avec :

– les règles de la maison,

– les règles du Centre de Loisirs

– les règles des copains,

– les règles de l’école

– et enfin : au bout de toutes ces règles souvent contradictoires et antithétiques, : l’enfant qui essaie de faire la part des choses, de réfléchir par soi-même.

Tout ça est balayé d’un revers de la main.

Et pire encore.

Cela veut dire qu’on ferme les yeux sur la réalité des enfants. Leur quotidien à eux.

On est dans une espèce d’idéal éducatif : Oui, le savoir est tellement noble qu’il arrivera aux oreilles des écoutants.

Par contre, ne déconnons pas, si c’est de l’ordre du social, on ne s’en occupe plus. On ne peut plus rien faire.

 

Attention, je ne sous-entends pas ici que l’école se doit de résoudre ces problèmes. Les instances ad hoc (services sociaux, médicaux, etc) sont en constante réflexion pour que les vies des autres soient les moins merdiques possibles. Pour trouver des solutions pour que le savoir passe. Que l’urgence (d’une maison, de manger, de faire du sport) soit résolue, et que l’école et le savoir puissent être entendu et accessible.

 

Mais le rejet immédiat d’une situation douloureuse, complexe, le rejet de l’enfant car « c’est de l’ordre du social » me terrifie au plus haut point.

Cela m’ouvre une fenêtre sur les attentes de certains institutionnels qui me glace le sang. L’attente d’élève « comme ci, comme ça ». Avec un élève cadré en fonction de l’adulte qui explique. S’il sort du cadre, hop, dehors.

Je n’attends pas que l’école fasse tout.

J’attends que l’école s’associe avec les autres acteurs éducatifs. S’ouvre sur justement, les instances sociales, d’éduc’ pop. Qui pensent aussi au bien être des enfants. Qui souhaitent leur réussite.

Et penser collectivement permet de voir aux enfants que non, on ne les coupe pas en tranches.

 

Et le petit Machin? Il sera probablement exclu du collège. Pour la suite, on cherche avec les acteurs éducatifs.

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