S’approprier les espaces culturels

Dans l’animation, l’éducation, on a souvent cette volonté « d’ouverture culturelle », « d’emmener les publics vers les espaces inaccessibles ». C’est d’ailleurs l’objet de tout travailleur du champs social, de faire venir les publics « éloignés ».

Si la démarche est louable, les méthodes proposées me font parfois grimacer.

Allant visiter un espace dédié aux adolescents dans un musée parisien, le regard de « l’ado« , « qui aime jouer à Second Life » et « fana de technologie ou de mode » « a besoin d’un espace bien à lui »

(Le sentez-vous, le genrage sous-jacent? A base de « Les filles customisent, les gars geekent » ?)

 

Alors pourquoi le chaland se rend dans un espace culturel? S’il connaît le lieu ou possède un regard de connoisseur, pour sa programmation.

Et pour quelqu’un qui ne connaît pas? L’objectif sera de le faire venir pour lui faire découvrir le lieu. Sauf que s’il ne connaît pas le tiers de ce qui est proposé, que va-t-il en retenir? Qu’est-ce qui pourra le faire rester?

Hé bien ce sera l’accueil dans cet espace. Et la sensation de pouvoir accéder à un lieu culturel sans être de trop.

En définitive : s’il n’y a pas aisance et surtout légitimité au premier abord d’un lieu culturel, le public « éloigné » va encore plus s’éloigner.

Pire, il dira que ce lieu n’est pas pour lui, qu’on s’y sent mal, observé.

(Comme ces volontés d’emmener les enfants très éloignés dans les lieux de culture avec un grand C, type l’Opéra. Un carnage, s’il n’y a pas accompagnement pendant l’année).

Vous ais-je déjà parlé de deux expériences menées l’année dernière?

La première était au Cent Quatre, à Paris. Un lieu pluri-disciplinaire. Un endroit que les danseurs, théâtreux, groupes de potes ou familles fréquentent. Un lieu où il est possible de « juste rien faire », avec des œuvres d’art accessibles librement et gratuitement (pour une partie).

La première fois où nous y sommes allés, les enfants ont regardé cet espace curieusement. Petit à petit, ils se sont appropriés les lieux : ils posaient des questions aux troupes de théâtre qui répétaient, sur le texte et l’interprétation, participaient au hip hop, jouaient au foot avec les autres jeunes, ont appris le jonglage.

Et réclamaient la sortie. Et demandaient à ce qu’elle dure plus longtemps. Le Cent Quatre semblait proche de chez eux, beaucoup pensaient que nous ne quittions pas les frontières de leur commune.

 

La seconde expérience était à la Dynamo de Banlieue Bleue. Un lieu assez connu par les connaisseurs de jazz, hors de la portée des habitants.

Nous sommes allés un soir faire une séance ouverte à la Dynamo. Nous avons investi le hall : pendant qu’une partie des enfants jouaient au baby foot (présent pour quelques jours), d’autres sont allés arroser les plantes dans le jardin.

Certains enfant m’évoquent encore cette sortie, « c’était bien, hein, quand on est allés arroser les plantes. »

Et l’espace guindé est maintenant plus accessible. Il est même un peu à eux.

 

Il me semble que pour ces enfants, la culture, ce sont des trucs d’adultes :  des visites reloues avec « le guide devant », éloigné de leurs goûts et connaissances, où ils se sentent tous petits. Ces grands lieux, qui ne ressemblent pas à la maison, l’école ou la bibliothèque sont des lieux intimidants : ils doivent d’abord se sentir bien, légitimes et concernés par les espaces culturels.

 

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