Tête bêche 10 -10 Janvier 2018

L’année 2017 se clôt et emporte avec elle sa part de douleur pour s’ouvrir sur la  joie.

C’est ce que j’aime en janvier : ce moment ou je prends le temps de la réflexion, j’ouvre des possibles, je regarde les différents chemins qui s’offrent à moi jusqu’à me donner le tournis, des frissons, l’angoisse du futur à tracer, et continuer à cheminer pour finalement ouvrir quelques brèches sur les cent mille vies imaginées.

 

La joie réside encore et toujours dans ce beau projet Tête Bêche, dont je ne me lasse pas tant il me permet de m’évader.

Pour mémoire, ce projet d’écriture est né avec Amélie. L’objectif est de s’offrir chacune une phrase issu de ses lectures en court, aimées, ou à venir. Chaque phrase de l’autre amorce son texte, chaque citation auto-choisie le conclut.

 

Pour janvier, Amélie et moi étions chacune assez occupée : j’ai la sensation qu’elle comme moi avons écrit vite, pour ma part avec rapidité malgré des phrases peu inspirantes au départ.

Amélie a choisit une citation extraite de Le monde est rond, de Gertrude Stein : « J’aimerais tant, dit-elle, j’aimerais tant savoir
Pourquoi les bêtes sauvages son sauvages. »

Je ne vous dit pas combien ce retour à la ligne m’a ennuyé, surtout qu’il ouvrait le texte à écrire.

Quant à moi j’ai pioché dans les lectures offertes en cette fin d’année, Littoral, ‘Le sang des promesses 1’ de Wadji Mouawad. J’avais vu Forêts il y a un bon moment, cette pièce m’avait transporté dans sa scénographie, son rapport à la mémoire et au silence.

Mais voici la citation : « C’est en désespoir de cause, monsieur le juge, que j’ai couru jusqu’ici pour venir vous voir ».

Découvrez ce qu’a fait Amélie de ces deux extraits !

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Le texte d’Amélie

« C’est en désespoir de cause, monsieur le juge, que j’ai couru jusqu’ici pour venir vous voir. Voyez mon souffle, je n’en ai plus, essoufflée, soufflée par la violence de ce que j’ai vu, de ce que je n’ai pu, de ce que je n’ai su faire, dire. Paralysée statufiée, je n’ai pas, monsieur le juge, agi. Est-ce que vous comprenez ce que j’essaie de vous dire, j’aimerais tant, » dit-elle, « j’aimerais tant savoir ce ce que j’aurais dû faire, et trouver la force en moi, la force et les gestes et la voix. »

« Je ne suis pas coupable, monsieur le juge, puisque je n’ai rien fait, on ne peut pas être coupable de n’avoir rien fait, n’est-ce pas monsieur le juge, ça ne marche pas, ça ? Les coupables, ce sont ceux qui agissent, rugissent, maudissent, ceux qui poussent, cassent et blessent. Moi, je n’ai rien fait de tout cela, je suis juste restée dans mon coin, cachée planquée là, contre le mur, à attendre que ça passe dans l’odeur de la pisse. Est-ce que vous comprenez ? J’aimerais tant, » dit-elle, « j’aimerais tant savoir comment j’aurais pu sauver, la sauver, me sauver, nous sauver ensemble. »

« Non-assistance à personne en danger ? Mais monsieur le juge, est-ce que c’est juste ? Est-ce que je peux être plus punie que celui qui a provoqué et dont tout le monde ignore l’identité, moi, moi seulement coupable de n’avoir rien dit, rien vu, rien pu, rien su, moi seulement coupable d’avoir réussi pour une fois, pour une fois enfin dans ma vie, à me protéger ? À dire non, non pas à l’autre mais à moi-même, à mon instinct de justice – monsieur le juge, pourquoi pensez-vous que je sois là ? –, non à mon besoin inconsidéré d’humanité, parce que je sentais là le danger tout autour et dans ses mots et dans mes os ? J’aimerais tant, » dit-elle, « j’aimerais tant savoir pourquoi les bêtes sauvages sont sauvages. »

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Enfin, je vous souhaite une belle année 2018, pleine de belles choses, de réalisations qui vous transportent et de projets lumineux !

Et pour découvrir mon texte, rendez-vous sur le blog d’Amélie ici!