Fragilité

L’univers du travail m’aura fait découvrir ma fragilité.

 

Je ne l’avais jamais ressenti avant, mais à présent elle est bien là.

C’est comme si chaque petit coup dur faisait une petite brèche en moi.

Et à chaque nouveau coup dur, elle s’agrandit.

 

A chaque parole sexiste,

chaque parole ou geste déplacé envers un enfant,

chaque acte autoritariste,

chaque ordre hiérarchique idiot et vide de sens,

chaque propos raciste,

chaque injustice,

chaque confrontation qui ne mène à rien,

la brèche grandit un peu plus.

 

Je me suis aussi aperçue que ce positionnement me menait à plusieurs états : tantôt la colère, tantôt l’indignation ou l’extrême fatigue.

Mais que la fragilité me menait de plus en plus souvent à la violence.

 

Parce que chacun de ces petits gestes me met hors de moi. Dans une fureur indicible.

Alors oui, je la contiens. Parce qu’il paraît que la violence des poings est différente de la violence verbale.

Va le dire aux usagers qui entendent les collègues indécents dire « Avec ce qu’on est payés ! », alors qu’eux ne bouffent pas.

Pour de vrai.

 

Dans ce travail, j’aurais définitivement connu tous les états. J’aurais aussi découvert cette fragilité.

Malheureusement, je ne suis pas comédienne pour découvrir une telle palette d’émotions.

 

Le travail nous tue, à feu de moins en moins petit.