Mon nom n’est pas compliqué : il est juste étranger.

Je me présente souvent par mon prénom : « Mathilde. Mon nom est long et compliqué, appelez-moi juste Mathilde ».

Mon nom est un nom étranger. Un nom russe, avec 12 lettres, dont certaines peu utilisées dans la langue française.

 

Je me suis aperçue que je me présentais uniquement par mon prénom car j’étais lasse qu’on écorche mon nom, et qu’en plus de le massacrer, les gens s’en amusent : « Hinhinhin, oh pardon désolé(e), en même temps c’est compliqué hein ? ».

 

Non.

Mon nom est simple.

Vous ne voulez pas prendre le temps de lire.

Cela vous semble si compliqué parce que ce n’est pas un nom français.

 

Avec le temps, cela m’a rendue furieuse.

Furieuse au point d’abandonner ce joli nom, de n’être qu’un prénom :

« Mathilde ».

 

Sur mes quatre grands-parents, trois sont issus de l’immigration.

Deux ont débarqué en France. Un côté paternel, un côté maternel.

Les racines de mes familles, les langues, les mots sont restés dans le pays que mes grands-parents quittaient.

De mes origine, il reste quelques mots, la cuisine.

Et les noms, dont le mien.

 

 

Alors ce matin, cela m’a frappé.

 

J’ai abandonné mon nom parce que les gens ne prennent pas le temps de le lire.

J’ai abandonné mon nom, parce que les gens le trouvent trop compliqué.

J’ai intériorisé la parole des gens qui me disent que mon nom est complexe. Je l’ai dis moi-même, pendant si longtemps.

Je m’identifie à mon prénom, parce que les gens arrivent à le prononcer.

 

Je finirais par cet ami, qui m’a appelé par mon nom. Cela sonnait presque faux :

« – Pour moi, *le nom seul* ce n’est pas moi.

– Mais non. *Le nom seul*, c’est aussi toi. C’est ton identité, une partie de toi. Autant toi que ton père, ou tout autre personne. C’est ton nom. »