Je crois en chaque enfant

Je crois en chaque enfant qui franchit le seuil de la Maison de Quartier. Quand je leur répète, inlassablement, qu’ils sont tous intelligents, ce n’est pas pour flatter leurs égos ni pour me faire aimer.

J’y crois très intimement.

 

Les enfants qui viennent ici ont tous des difficultés. Toujours variées, toujours nombreuses. Souvent liées à l’école, parfois liées à d’autres environnements.

Je suis très consciente du niveau de chaque enfant. Mais ce niveau n’est pas figé : à chaque rencontre, j’observe et j’actualise leurs avancées.

 

Être consciente de là où en est chaque enfant, c’est être consciente de leur réalité, de leur quotidien.

Et avoir de l’ambition pour chacun, c’est ouvrir un possible. Car la sérénité permet l’apprentissage plus aisé et plus rapide de notions.

 

Chaque année, je dis la même chose à ces enfants en refus d’apprendre à lire : « Mon objectif est que tu apprennes à lire. Apprendre à lire, c’est douloureux et pénible : ça fait très mal à la tête. Mais apprendre à lire, c’est devenir autonome : tu n’auras besoin de personne pour te lire une histoire ou le plan du métro ».

Et je reste avec eux, soir après soir. Je ne lâche rien, je fulmine lorsqu’ils font semblant, je rage quand ils me provoquent.

Nous en sortons tous avec les cheveux ébouriffés et un mal de tête du diable.

Je suis avec eux, je crois en eux, j’avance avec eux et je note leurs progrès soir après soir. Et au-delà de les noter intérieurement, j’oralise. A chaque instant, chaque micro pas.

 

Je leur dis à quel point je suis fière d’eux lorsqu’ils franchissent des montagnes.

 

Et chaque soir, je vais voir leurs parents : « Il/Elle a très bien travaillé ce soir. Il/Elle est entré(e) dans la lecture ! C’est un très grand pas, je suis très fière de lui/elle. Et vous pouvez être fier(e) de lui/elle »

 

Ces minots qui venaient la mine basse et cachaient leur cahier de lecture se métamorphosent soudain : arrivée joyeuse, motivation pour lire, envie d’y arriver.

Et ceci malgré leurs difficultés, estompées mais pas volatilisées. L’envie est là, persistante.

Les parents qui m’accueillaient parfois avec inquiétude viennent maintenant me demander : « Alors, comment ça s’est passé ce soir ? »

 

L’objectif fixé, réalisable, associé à l’exigence de l’adulte est une visée positive pour l’enfant. Et devient un devenir accessible et enviable.

 

Et l’exigence ne concerne pas seulement les apprentissages scolaires. Mais tout ce qui concerne la vie en société, le rapport aux autres, le souci du collectif, l’apprentissage de l’autonomie.

La capacité à argumenter, à construire ensemble.

 

 

Je les accueille dans ma structure comme ils arrivent.

J’abandonne les « on dit » de l’école, du centre de loisirs ou les anecdotes croustillantes des cours de récré.

Je me base sur le réel, ici. Sur ce que l’on vit en collectif.

 

Je crois en chacun, en leurs progrès et leurs réussites.

Les petits pas qui, accumulés, permettent de belles avancées.

 

Nouveau projet : Les vacataires – Podcast audio !

Les nouvelles années sont l’occasion des vœux et des projets.

Aussi, j’ai le plaisir de vous annoncer notre nouveau projet de podcast audio : les Vacataires!

Dans ce podcast nous parlerons d’éducation, l’animation et l’éducation populaire!

 

Nous vous y proposerons plusieurs formats : des sujets, des rencontres de professionnels aux pratiques innovantes, mais également des directs dans lesquels vous pourrez réagir et discuter avec nous !

Avec Amandine, nous serons deux, cachées derrière cette émission.

 

Je vous raconte à l’oreille ce nouveau projet..

 

Je vous invite, si vous le souhaitez, à suivre notre compte twitter :Les Vacataires, et le compte d’Amandine, co-fondeuse du podcast !

 

Belle année à tous!

Les adultes m’ont terrorisée

 

A trois ans, j’ai été punie toute une journée dans ma classe. Je n’avais pas colorié suffisamment soigneusement « Boucle d’or et les Trois Ours ».

A cinq ans, mon oncle m’a dit sans sourciller qu’il préférait mon frère à moi. Parce que c’était ainsi.

A six ans, un instituteur m’a mis une calotte derrière la tête. Un autre enfant se faisait soulever par les oreilles. Stupéfaite de la scène, j’observais. Je n’aurais pas dû.

A huit ans, j’ai vu mon enseignante mettre deux allers-retours à un cher ami, avec des bagues si grandes, si épaisses.

A huit ans, j’ai entendu ma grand-mère maternelle dire qu’elle n’aimait pas les arabes. J’ai essayé de répondre. Mais ma répartie d’enfant n’était pas suffisante.

A neuf ans, j’ai entendu toute l’année en classe que mes supers copains, pas très bons à l’école, allaient finir éboueurs.

A neuf ans, j’ai entendu toute l’année que mes supers copines, pas très bonnes à l’école, allaient finir éboueuses.. Ou pire.

A dix ans, mon enseignante m’a appris à me ranger les mains dans le dos, le dos droit. J’ai appris à ne pas regarder l’adulte qui me parle, j’ai appris que c’était de la provocation.

A dix ans, en classe verte, je me suis planquée en serviette derrière un placard. L’instit entrait dans la chambre comme une furie, je sortais de la douche. J’ai eu peur, peur de sa colère, de ma quasi nudité d’enfant face à sa puissance d’adulte. Je me suis cachée.

A onze ans, un adulte quasi inconnu, discutant avec mon frère, m’a qualifiée de pute.

A douze ans, les adultes ont commencé à régulièrement commenter mon corps. Pas assez ci, beaucoup trop ça.

A douze ans, j’étais persuadée que j’étais affreuse.

A douze ans, personne ne m’a contredite.

A douze ans, j’ai été suivie dans la rue par la première fois par un adulte répugnant. Je crois qu’il se touchait. Je suis rentrée chez moi, en nage. Mon père m’a juste dit « Il ne t’as pas touchée ? Alors ce n’est pas grave ».

A treize ans, j’ai pris mes premières mains au cul de la part d’adultes. Des mains qui glissent le long de mes cuisses. Qui frôlent mes fesses. Qui touchent le bas de mon dos.

Qui érotisent mon corps sans mon consentement.

Puis j’ai cessé de compter.

De compter ces défaites et ces moments de honte.

Aujourd’hui, je préfère me souvenir.

Toutes les paroles injustes et blessantes restent gravées. Tous les gestes indélicats et déplacés sont comme des blessures béantes.

Me souvenir pour ne jamais reproduire.

Les enfants n’oublient pas.