Vider, donner, se recentrer : Pourquoi et comment ?

Cela a commencé il y a un an et demi. Folle de ce placard qui déborde, de ces vêtements jamais portés, j’ai trié.

Trois gros sacs dans une borne à vêtements.

 

Et cette année, cela a commencé à me gratter à nouveau.

Une situation financière compliquée m’a amené à moins consommer. N’achetant que très peu de choses (vêtements, objets, maquillage, livres ou CDs), j’ai appris à faire sans consommer. Et à vivre bien!

 

C’est grâce à mes proches que le grand déclic s’est produit.

« Viens avec moi, le magasin truc fait -30 % à partir de 50€ d’achats ».

J’ai accompagné.

 

Et je me suis aperçue d’une chose : aller dans ce magasin ne me rendait pas heureuse. Consommer n’amenait pas de sentiment de soulagement, de détente.

Et pire que cela : en rentrant chez moi, j’étais dépitée par tous ces objets/livres/vêtements accumulés. Toutes ces choses que je ne voyais plus et dont je ne profitais plus.

Et j’étais dépitée par mes actions de consommatrice, de ramener encore plus de l’extérieur.

 

J’ai alors mis en place un mode d’action :

 

1) Je trie ce que je possède : qu’est-ce que je garde ? Qu’est-ce qui me plaît vraiment dont je ne peux pas me séparer.

Et surtout : pourquoi ?

 

2) Je me débarrasse de ce qui ne sert pas, ne servira jamais, que je garde « juste au cas où » ou par convention.

Il y a ces escarpins portés une fois à un mariage et qui m’ont fait un mal de chien. Ces DVDs en double, ce livre d’art offert par des potes d’un artiste que je n’aime que modérément. Et qui est encore dans son film transparent.

Toutes ces choses peuvent servir à d’autres personnes que moi. Dans mon placard, elles sont inutiles et encombrantes.

 

3) Je prends le temps de réfléchir.

Si je me sépare d’un objet et le rachète deux ans après, la précipitation et le regret vont peut-être me reconduire vers une consommation déraisonné.

Je prends donc le temps : pour certains vêtement, laisser de côté si je doute. On verra l’année d’après, si je l’ai porté.

 

4) Je jette ce qui est irréparable, je tente de réparer ce qui peut l’être.

Je pense à ces nombreux collants complètement usés : cela coûte très cher, et j’ai parfois du mal à les jeter. Certains font plusieurs cycles de lavage avant de finir à la benne.

On respire un grand coup, on dit merci l’obsolescence programmée, et on jette pour de bon.

Enfin, je me renseigne un peu plus sur comment réparer. Racheter en double, est-ce vraiment judicieux ?

 

5) J’emprunte et je sollicite les proches.

Un livre est vraiment cool ? Passons à la bibli au lieu de l’acheter, sollicitons les potes qui le conseillent.

 

6) Je réfléchis à ce que je consomme.

Et c’est le point le plus important. Avant d’entrer quelque part, je me demande pourquoi j’y vais ? Qu’est-ce que je cherche ? En ais-je besoin ?

Si j’y vais par lassitude ou besoin de réconfort, autant aller faire du vélo. C’est plus dépaysant.

 

Je me suis enfin fixé deux règles :

1) je n’ai pas de limite de temps.

Les défis contre la montre m’amènent souvent à abandonner ou à faire n’importe quoi, si je sens l’échéance inadaptée.

Alors je fonctionne par pièce ou endroit : aujourd’hui, je vais m’intéresser à cette étagère, à ce coin de mon salon.

Ce fonctionnement à long terme m’amène à être plus rationnelle. Je sais que l’objectif n’est pas de tout vider rapidement, mais de repenser ce qui est stocké et de ne plus accumuler beaucoup et inutilement.

 

2) Je m’adapte à ce que je suis.

Cela fait longtemps que je prend plaisir à accumuler. J’aime particulièrement avoir beaucoup de livres.

Ici, mon objectif n’est pas de déconstruire tout d’un seul coup. Je sais que certains sujets sont plus sensibles.

Mon but est de faire au cas par cas, objet par objet, livre par livre.

Il m’est impensable (pour l’instant) de me séparer des livres d’Henri Michaux, des livres d’art de Zao Wou Ki. Par contre ce polar ne me fait ni chaud, ni froid.

Peut-être que quelqu’un aimerait en profiter, non ?

 

Voilà pour la théorie.

Ces décisions prises et appliquées avant Noël ont un impact sur ma manière d’envisager les cadeaux faits aux proches.

Mon objectif est de dépenser le moins possible, de voir dans les ressources existantes ce qui pourrait faire plaisir à d’autres personnes.

 

Cela ne signifie pas que je vais tenter de refourguer à tout prix quelque chose, sans m’intéresser à ce que peut aimer la personne.

Le défi est de voir si, dans ce qui existe, il y a un objet adapté. Qu’on aimerait vraiment donner à quelqu’un.

Savoir que ce bijou, que je ne mets plus, ira parfaitement à cette copine. Qu’il lui plaira vraiment.

 

J’informerai mes proches de ma démarche, afin de voir s’ils n’ont pas de problème avec ma vision de Noël.

Et si oui, je trouverai d’autres stratégies pour mettre le moins possible les pieds dans un magasin.

 

A suivre, donc.. !

Investissement professionnel : jusqu’à quel point?

Ma mère est enseignante.

Elle travaille du lundi au vendredi. Elle arrive au travail tous les jours à 7h30. Quand elle arrive le soir à 18 heures, on se félicite qu’elle soit rentrée si tôt.

Toutes les petites vacances, elle passe une semaine dans sa classe. A trier, préparer, adapter les notions en exercices abordables pour chaque niveau.

Parfois pour chaque enfant.

 

Mon père travaillait dans une société d’assurances.

Petite, j’avais la sensation qu’il rentrait entre 21 heures et 23 heures.

Je l’ai vu avoir des insomnies. Réfléchir la nuit à son travail.

Je l’ai vu téléphoner pendant ses vacances pour voir si tout allait bien.

 

Mes parents sont (ou ont été) très investis dans leur travail.

Enfant, j’ai intériorisé cette notion du travail « bien fait », synonyme pour moi d’implication. Autant temporelle qu’intellectuelle.

J’ai vu mes parents aller au travail malades. Ils ne prenaient le temps d’aller chez le médecin que lorsqu’ils ne pouvaient pas quitter le lit.

 

 

Et moi maintenant.

Je reproduis ces schémas. Naturellement.

 

Je fais en moyenne entre 15 et 20 heures supplémentaires par mois.

Je cherche parfois des solutions chez moi : comment aider tel enfant ? Comment trouver des solutions pour telle famille ?

La segmentation n’est pas si évidente.

Jusqu’à très récemment, je répondais au téléphone en soirée. Parfois le week-end.

Je n’hésite pas à travailler le samedi, le dimanche, en soirée.

J’ampute souvent mon temps de récupération : je n’arrive pas à trouver les moments, trop de choses se superposent.

 

Le travail nous rend malade.

Dans le service public, la demande est criante. Les usagers déposent leurs détresses, la misère sociale est exaspérante.

Et nous, moi, chacun, on essaye de combler les trous.

Par envie de bien faire (ou juste correctement), on s’épuise. On se tue.

 

Je n’attends même pas de merci ou de bravo.

Nous n’en sommes plus là.

 

J’ai besoin de repos.

De formation.

De relais.

 

 

A quand une alternative ? Quand déciderons-nous de nous centrer sur le partage des savoirs ? La valorisation de certaines tâches ? Quand pourrons-nous juste dormir, lorsque nous sommes vannés ?

Avons-nous besoin d’aller jusqu’au harassement pour admettre qu’il faille prendre le temps ?

 

Le salaire à vie n’est pas pour demain, malheureusement.

Mais à force de tirer sur la corde, nous succomberons d’épuisement.

 

 

Aliénée

J’aime faire du vélo seule dans la nuit.

 

A dix-sept heures, la nuit pointe le bout de son nez. Le canal de l’Ourcq est déjà désert, seuls quelques marcheurs rentrent, les mains serrées dans leurs poches.

J’aime ce calme qui règne dans la ville. Je respire à pleins poumons, mes yeux pleurent à cause du froid. Je sens le vent traverser mes mitaines-moufles. J’écarte un peu les doigts du guidon, petit mouvement propre à ma conduite.

Je me sens bien.

 

Et pourtant.

Et pourtant, ce soir en faisant du vélo, libre dans la ville, la colère est montée.

Ces gestes que j’aime tant. La liberté d’être et de me mouvoir une fois la nuit tombée. De penser, d’observer. D’être à mon rythme.

Combien de fois m’autorise-je à le faire ?

 

Le regard des passants jaugent ma robe courte. Observent.

Les paroles des proches : « tu rentres seule ? Fais attention ». Mais à quoi, à qui ?

Ces paroles qui s’ancrent malgré tout. L’angoisse inexpliquée certains soirs, que mes monologues rationnels n’effacent pas.

 

La nuit est dangereuse pour les femmes. Mieux vaut être escortée, me dit-on.

Alors seule dans la nuit, parfois je fuis. Je roule à en perdre haleine, je dépasse des ennemis imaginaires. Je reviens chez moi palpitante, transpirante.

Enfin en sécurité. A l’intérieur.

 

Je m’arrache au silence de la nuit. J’abandonne la possibilité d’observer seule. Je ne déguste plus ce temps au ralenti.

Je ne pourrais en profiter librement qu’à dix-sept heures, une fois l’hiver venu.

 

Précaires : connaissons nos droits !

Comme je vous l’ai expliqué auparavant, j’ai été stagiaire, service civique et je suis actuellement en CDD de la fonction publique territoriale. Des statuts qui offrent de nombreux inconvénients, tant dans la stabilité personnelle que dans les perspectives de vie.

Ces statuts précaires fragilisent grandement les personnes en poste : il est complexe de décoder les consignes hiérarchiques, les règlements internes aux structures et la réglementation officielle.

 

Je me suis toujours intéressée aux différents codes du travail auxquels j’étais soumise. Cela m’a permis de faire valoir mes droits, de ne pas me laisser faire face à certains comportements crapuleux de certains employeurs.

Je rencontre régulièrement des personnes qui se soumettent aux impératifs de travail décrites par l’employeur.

Certaines sont fausses.

 

Voici les légendes urbaines auxquelles j’ai pu être confrontée et auxquelles mes collègues précaires font également face.

Vous trouverez tout en bas de l’article des pistes d’action pour se sortir de ces situations compliquées. Enfin, ma mémoire n’est pas forcément actualisée : aussi, n’hésitez pas à me signaler ce qui est erroné !

 

Service Civique

1) Le service civique ne va que jusque 26 ans.

Effectivement. Par contre, le volontariat de service civique permet aux jeunes ayant plus de 26 ans de s’engager, pour des durées de 6 à 24 mois dans des structures d’utilité publique.

Ce dispositif est peu connu et peu approprié part les structures.. Et pour cause ! Le volontariat de service civique oblige les structures à gratifier plus leurs volontaires : 640€/mois au lieu de 540€/mois.

 

Petit rappel du découpage de la gratification  :

– Pour un service civique : 440€ versé par l’état / au moins 100€ par la structure d’accueil

– Pour un volontariat de service civique : 440€ versé par l’état / au moins 200€ par la structure d’accueil.

 

2) Le service civique est payé 540€/mois.

C’est la somme minimale à verser à un volontaire. Rien n’oblige les structure à limiter leur somme à 100€ par mois pour un SCV.

Une structure peut très bien concevoir qu’il est impossible pour un jeune de s’en sortir avec moins de 600€ par mois, et donner un peu plus.

Cette somme correspond au remboursement des frais de bouche (ce qui fait que, par exemple, en tant que SCV, je n’avais pas le droit aux tickets resto..!)

 

3) Après mon service civique, j’ai le droit de percevoir les indemnités chômage.

Absolument pas ! Le service civique est un engagement citoyen (maintenant obligatoire, si j’ai bien compris), d’où l’appellation de « volontaire » : ni bénévole, ni salarié. La somme versée au volontaire pendant son SCV n’est pas un salaire, mais une gratification.

Par conséquent, le temps passé n’est pas un temps de travail. Cela n’ouvre pas de droit aux allocations chômage.

 

4) Le service civique ne peut durer que 12 mois.

Le service civique peut durer de 6 à 12 mois, reconductible une fois. Il peut donc durer plus longtemps.

Si le volontaire, entre son premier engagement et le second, a plus de 26 ans, il passe alors en volontariat de service civique et est payé plus.

 

5) Je suis parfois seul(e) en animation face public, et mon tuteur n’est pas dans la structure.

Le service civique n’est ni un emploi, ni un stage. Cela signifie que l’encadrement du tuteur et sa présence (surtout face public) doit être effective.

Évidemment, les tuteurs laissent une marge de liberté assez appréciable et laissent parfois les volontaires en autonomie sur des animations.

Toutefois, ils sont responsables de leurs volontaires : ainsi, l’absence d’un tuteur est courante (mais anormale), son absence de la structure amène de vraies problématiques au niveau réglementation. En effet, s’il y a accident sur la structure, le SCV n’est pas à blâmer : le tuteur aurait dû être sur place.

Exemple : Je mène une animation le soir de 19h à 20h. Il n’y a aucun responsable sur place (ni directeur, ni adjoint, ni animateur). Seul est présent avec moi l’agent d’accueil.

Je suis seule en animation avec 15 enfants, le nombre a été validé par mon tuteur.

Un enfant se blesse lors d’un jeu, et doit aller à l’hôpital.

→ Outre la gestion de l’urgence, on touche du doigt un réel problème. Si le tuteur pose la faute sur moi (défaut de surveillance, manque d’encadrement), je peux le retrouver aux Prudhommes.

En effet, c’est de son devoir de ne pas me mettre en difficulté, d’être présent sur les animations, ou du moins de laisser une personne qualifiée sur place.

 

Stage

1) On ne peut pas partir d’un stage.

Bien sûr que si… Et encore heureux ! A mon sens, il ne faut pas hésiter à partir d’un stage qui ne remplit par les objectifs initialement fixés, qui mettent en difficulté le stagiaire ou qui le rendent simplement malheureux.

Partir d’un stage est compliqué (je l’ai déjà fait), mais c’est une expérience intéressante pour l’entreprise et le stagiaire.

Cela montre également à l’entreprise qu’elle ne peut pas se permettre n’importe quoi avec les stagiaires recrutés.

 

2) Pour partir d’un stage, il y a un préavis.

Le départ d’un stagiaire est immédiat : il demande simplement d’effectuer un avenant à la convention de stage, indiquant la date de départ de l’entreprise.

Le stagiaire n’est pas tenu de finir les missions qui lui ont été confiées, de tirer jusqu’à la fin de la journée, de la semaine ou la fin du mois.

Une fois passé aux Ressources Humaines, l’avenant signé par les deux parties, le stagiaire peut immédiatement partir. La signature de cet avenant est une couverture pour tous : elle permet à l’entreprise de ne pas avoir de problèmes une fois le stagiaire sorti de la structure (en cas d’accident, par exemple); au stagiaire de prouver qu’il y a rupture dans les règles, et pas abandon de poste. Cela permet de savoir à l’école que le stage est rompu… et d’être informé qu’il est nécessaire d’en trouver un autre !

 

3) Il est possible de faire un stage sans une convention

Non, le stage est soumis à une convention, en trois exemplaires. Elle est signée par le stagiaire, l’école/l’université et la structure d’accueil.

La convention précise le cadre de travail, les horaires, les contraintes particulières, la gratification.

C’est un document essentiel qui pose les devoirs de l’entreprise vis à vis du stagiaire accueilli, de l’école et du stagiaire.

Un stagiaire ne peut pas entrer en entreprise si la convention n’est pas signée par les trois parties.

 

4) Il est possible de ne pas avoir de tuteur de stage

Un stagiaire n’est pas un employé : il doit avoir une personne de référence dans l’entreprise qui va lui confier des missions et va l’accompagner dans son évolution professionnelle. Les missions confiées sont en rapport avec sa fiche de poste,

Un tuteur est obligatoire dans une structure. Il arrive parfois que le tuteur laisse le stagiaire en freestyle.

Il est possible de reprendre la convention et/ou la fiche mission du tuteur, précisant le rôle vis à vis du stagiaire. Il est également possible, pour le stagiaire, de faire un point avec son tuteur expliquant qu’il se sent démuni et nécessite plus d’encadrement.

En cas de soucis, l’école peut éventuellement intervenir auprès du tuteur, pour repréciser le cadre du tutorat.

 

5) Le stage est forcément aux 35h/semaine

La convention précise le nombre d’heures à effectuer par le stagiaire, le rythme de l’alternance et la répartition des jours.

 

6) Le stage est forcément gratifié.

En deçà de deux mois (soit 140h x 2), les stages ne sont pas rémunérés par l’entreprise. Au delà, il y a obligation de gratifier les stagiaires, que ce soit dans la fonction publique ou privée.

 

7) Le stage ne peut pas être payé plus que 436€ par mois

Si. Il y a une gratification minimale, au-delà de deux mois en temps plein. Les employeurs peuvent décider de gratifier plus un stagiaire, de lui offrir des avantages en nature (tickets resto, etc).

Tout cela doit être spécifié dans la convention de stage.

 

8) L’entreprise a un devoir d’apprentissage

Oui, absolument.

Il est essentiel de différencier le stage du travail salarié. Le stage implique que la personne accueillie est en formation, en apprentissage.

Un stage qui permet juste à l’entreprise de se débarrasser des taches ingrates n’apporte rien au stagiaire : faire des photocopies pendant un mois n’apporte rien au CV.

M’étant retrouvée dans cette situation, j’ai demandé à mon tuteur avant de partir ce que je pourrais valoriser dans mon CV. Nous n’avons pas trouvé d’éléments, tous les deux.

Si aider et faire la petite main me semble logique (et en tant que travailleur salarié, on s’acquitte aussi du travail de petites mains), le stage ne doit pas être qu’une succession de petites tâches déconnectées.

Si le tuteur fait miroiter des taches intéressantes futures, si les tâches ne s’inscrivent pas dans le projet présenté en entretien, alors le stage risque d’être une esbrouffe et une perte de temps pour le stagiaire.

 

 

Stage BPJEPS

Le stage BPJEPS (Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Education Populaire et des Sport) est la formation pour le métier d’animateur professionnel.

Cette formation est vécue en alternance entre une structure de terrain (MJC, Centres Sociaux, Centres de Loisirs) et l’organisme de formation.

Il y a différentes spécialités pour le BPJEPS. J’ai pour ma part suivi la formation d’animatrice culturelle.

 

1) Un BPJEPS est toujours sur 18 mois.

Non, tout dépend de l’organisme de formation. J’ai personnellement choisi volontairement un cursus court (11 mois de formation, en alternance). Il existe des cursus beaucoup plus longs.

 

2) Le rythme de l’alternance est pareil pour toutes les spécificités / les organismes.

Encore une fois, tout dépend de l’organisme de formation et la spécificité choisie.

J’étais sur un rythme d’alternance de 2 semaines / 2 semaines : 2 semaines en cours, 2 semaines en entreprise. Le mercredi était toujours un jour en structure.

Ce rythme très malin permettait aux entreprises de ne pas s’habituer trop longtemps à notre présence, et de rester suffisamment pour pouvoir mettre des actions en œuvre.

 

3) Étant stagiaire, j’ai le droit d’être payé(e) comme un(e) stagiaire en université (400€ et quelques par mois) ?

Absolument pas, et c’est tout l’aspect vomitif de ce système.

Lorsque j’étais en BPJEPS, on nous a expliqué qu’étant dans une formation pour adulte, et hors d’une formation universitaire, nous n’avions aucune obligation d’être gratifiés.

Cette faille béante, bien connue des structures, amène les stagiaires qui ne sont ni en contrat pro, ni en contrat d’apprentissage à ne pas toucher un sou.

Hé si.

(Je n’ai pas connaissance de l’existence de BPJEPS à l’université ou en DU. Si ce type de formation existe, elle n’est clairement pas majoritaire..!)

 

4) Du coup, je ne suis pas payé(e) du tout ?

Si sur le papier, les stagiaires BPJEPS ont le droit (!) de ne pas être gratifiés, cela ne signifie pas que la structure ne doit rien leur donner.

En ce qui me concerne, j’ai négocié avec ma structure. J’ai expliqué que je voulais toucher plus que lorsque j’étais en service civique, étant plus qualifiée qu’au début de mon volontariat. Cela m’a été accordé, ainsi que le remboursement du pass Navigo.

S’il n’y a pas négociation, les structures ne verseront rien : elles n’ont même pas l’obligation de suffire aux frais de bouche (comme pour les SCV).

C’est au stagiaire de négocier les tickets resto, remboursement des frais de transports, etc.

 

5) Je dois financer ma formation de ma poche ?

En 2011, lorsque j’ai commencé ma formation, celle-ci coûtait 4600€. Il existe de nombreux dispositifs pour financer un BPJEPS (la Région Ile de France, le département, Pole Emploi, etc).

Si vous vous lancez dans un BPJEPS, je ne peux que vous inciter à vous renseigner sur les types de financement.

Dans tous les cas, les financements de formation sont attribuées par Pôle Emploi ou la Mission Locale.

Cela prend du temps et demande beaucoup d’abnégation. Ne lâchez pas l’affaire !

 

6) Si j’ai accepté mon stage BP dans une structure, je suis obligé(e) d’y rester.

Il arrive que le stage se déroule très mal sur une structure. Comme tout stage, un avenant le rompt.

En BPJEPS, les formateurs tentent souvent d’apaiser les tensions, avec les rencontres de tuteurs. En effet, une année de stage passe rapidement au regard des objectifs à accomplir.

On vous incitera souvent à rester dans la structure, mais si les soucis sont trop importants à vous de peser le pour et le contre.

 

7) Mes missions ne concernent que mon projet BPJEPS.

Il est précisé dans les formations (voire dans les conventions de stage) que le stagiaire est amené à travailler sur son projet, mais également à aider au quotidien de la structure.

Les gros événements demandant l’implication de tout l’effectif ou certaines actions particulières peuvent être confiées aux stagiaires.

 

8) Je n’ai pas le droit de travailler sur mes écrits dans ma structure.

Oh que si !

Les employeurs savent que deux écrits sont demandés aux stagiaires : le projet et le rapport de stage. Ce travail est en corrélation avec le travail mené dans la structure. Ce n’est ni du travail personnel, ni du temps de glandouille.

L’organisation de son temps est avant tout à présenter au tuteur. Dans les stagiaires BP de ma promo, ceux qui avaient présenté l’importance de ces moments au tuteur ne se l’étaient pas vu refuser.

 

Et sur tous ces statuts précaires :

1) Le tuteur est le supérieur hiérarchique du stagiaire.

Non, surtout pas. C’est une confusion que je comprends tout à fait : en tant que stagiaire, on se sent parfois hors de l’organigramme.

On calque alors le fonctionnement « tuteur/tutoré » au monde de l’entreprise (« boss/employé »).

Le tuteur n’est toutefois pas le supérieur hiérarchique : c’est l’encadrant dans l’entreprise, garant de l’apprentissage dans la structure.

Son rôle, plus que de donner des ordres, est d’aider à l’adaptation dans la structure, d’accompagner le stagiaire dans ses questionnements. Son rôle est également de vérifier que les missions qui lui sont confiées sont en adéquation avec l’objectif de son stage.

Il peut également accompagner dans le stagiaire dans ses écrits.

 

 

CDD fonction publique territoriale

 

1) Je n’ai pas signé mon arrêté (contrat dans la fonction publique) et je suis en poste.

Dans la fonction publique, il arrive que le contrat arrive tardivement. Il s’avère que, comme dans tout contrat, un arrêté qui n’est pas signé au delà d’un mois de prise de poste équivaut à un CDI.

N’hésitez pas à le rappeler à votre administration, cela lui donnera quelques sueurs froides.

 

2) Qu’est-ce qu’un poste vacant ?

Un poste vacant est un poste permanent, un siège vide. Ce poste est considéré comme essentiel dans la structure et la marche de l’administration (au moment où le poste est vacant, j’entends. Il peut disparaître quelques années plus tard.)

Ce poste est prioritairement donné à des personnes titulaires (fonctionnaires) que contractuelles.

 

4) Si je suis sur un poste vacant, je peux être licencié pour laisser la place à un titulaire ?

Licencié, peut-être pas. Par contre, mettre fin à la période d’essai ou ne pas reconduire le contrat arrivé à son terme, oui !

Dans l’administration publique, les titulaires sont prioritaires pour obtenir ces postes. Cela explique la période d’essai démesurément longue en CDD d’un an (3 mois à mon arrivée!), qui permet au fonctionnaire qui a quitté le poste de pouvoir le reprendre.

 

5) Est-ce normal que je n’ai pas les mêmes primes que tout le monde ?

Oui. Le statut de contractuel induit que certaines primes ne sont pas attribuées. Par exemple, il m’a été expliqué à de nombreuses reprises que la NPI, prime dédiée aux agents travaillant en zone prioritaires et étiquetée zone « à risque » n’est donnée qu’aux titulaires.

(Cela ne signifie pas forcément que cela soit vrai ou juste..!)

 

 

Comment se sortir de ces moments compliqués ?

Il existe des solutions qui permettent de sortir des spirales infernales. En voici quelques-unes :

 

1) Demandez votre fiche de poste/vos missions par écrit.

Quel que soit notre statut, la fiche de poste est un élément clé pour ne pas être amené à faire un « stage/service civique photocopieuse ».

La fiche de poste décline les missions que l’on sera amené à faire. Dans les SCV et les stages, c’est l’offre d’emploi qui peut faire office de fiche de poste.

Sans fiche de poste, tout peut vous être confié : le travail du copain et ceux des voisins. La fiche est un cadre qui protège le précaire.

Sachez qu’une fiche de poste peut être modifiée, ou des éléments peuvent être rajoutés : lors de mon service civique, j’ai demandé à ce que l’on rajoute certaines missions à ma fiche. Cela permet de préciser les missions souvent données oralement, qui perdurent dans le temps. Cela précise également les missions qui seront données à votre successeur.

(Et globalement, demandez toute consigne qui vous semble louche par écrit !)

 

2) Négociez

En tant que précaire, on arrive souvent à pas de loup dans une structure. Bien content d’avoir eu une extraordinaire opportunité, la légitimité à négocier des avantages semble souvent inapproprié.

Il faut un peu de cran, un peu d’audace pour réclamer des avantages qui ne sont pas écrits sur le papier.

Sachez que négocier, cela ne coûte rien. Se voir dire « non », cela ne coûte rien non plus.

Enfin, demander des avantages en nature pour un stage ou un service civique, c’est aussi repréciser notre statut de précaire : les 100€ par mois en plus ou les tickets resto, c’est avant tout de la nourriture, payer des factures, le loyer.

Ce n’est pas du confort. C’est juste vital.

 

3) Explicitez nos conditions de vie et nos réalités quotidiennes.

Expliquez à vos collègues comment on vit avec 400€ par mois. Vos cumuls d’emplois, vos bidouilles, vos emprunts à la banque.

Racontez votre vie quotidienne. Comment on tient avec 30€ pour faire les courses pendant un mois.

Ce n’est pas pour faire pleurer dans les chaumières. Mais de nombreux collègues ou supérieurs ne sont pas conscients de nos réalités.

Aussi, quand on vient vous bassiner sur votre « bel engagement en tant que service civique », reprécisez les choses : Oui, l’engagement c’est sympa. Mais si j’avais pu trouver un travail, j’aurais très sûrement sacrifié mon bel engagement citoyen.

Si vous êtes face à des moqueries liée à votre statut : « La petite stagiaire, elle ira bien me faire quelques photocopies? », et ci celles-ci vous dérangent, surtout dites-le. Cela peut se faire simplement et sans agressivité.

Si cela vous gêne, refusez l’appellation « stagiaire », « service civique ». Autrement, on ne présente jamais personne par son statut, mais par sa fonction.

..Et enfin, le jour où (enfin!) vous aurez décroché votre CDI, souvenez-vous comme c’était dur, pour ne pas tomber dans l’oppression des précaires !

 

4) Dire non, ce n’est pas être méchant.

La pression est parfois forte, les phrases des supérieurs bien tournées, ou simplement on n’ose pas dire non. Pourtant, refuser une tâche ou un ordre absurde, ce n’est pas être méchant. C’est repositionner l’angle hiérarchique, ou celui du tutorat pour les services civiques ou les stages.

Évidemment, un « non » tout sec aura du mal à passer. Mais si vos arguments sont légitimes, que la tâche sort de vos missions, est absurde ou vous met en danger, il n’y a pas de raison que le refus soit mal prit.

Si votre supérieur ou tuteur a comme unique argument « tu dois m’obéir », alors votre argument est d’autant plus valable.

Ne lâchez pas !

 

5) Osez partir quand ça se passe mal.

Un stage, un service civique ou un contrat qui ne se passe pas bien, cela arrive. Il est vrai que lorsqu’on a passé moults entretiens d’embauche pour un stage, on réfléchit à deux fois avant de partir.

Faites le point. Pesez le pour et le contre :

– Est-ce que j’apprends des choses, au court de ce stage/service civique/contrat ?

– L’expérience accumulée me sera-t-elle profitable? Pourrais-je valoriser mon expérience?

– Est-ce mon tuteur/mon supérieur me donne le droit à l’erreur ?

– Puis-je voir l’ensemble d’un projet ? Suis-je assigné uniquement à des tâches déconnectées entres elles ?

– Les tâches confiées correspondent-elles à l’offre d’emploi/service civique/stage ?

– Me parle-t-on convenablement ? Prend-on le temps de m’expliquer ?

– Suis-je écouté ?

– La pression est-elle présente ? Si oui, est-elle supportable ?

– Ais-je envie de poursuivre dans ce type de secteur ?

 

Partir est compliqué. Mais il me semble important qu’une structure qui accueille mal un stagiaire ait un retour de ses failles et défauts.

Et enfin, comme dirait ma chère mère : « à l’impossible, nul n’est tenu ». Si partir peut sembler un acte lâche, il faut réunir beaucoup de courage pour dire « non » à son employeur.

Et réussir à dire non, c’est le premier pas vers le refus à la soumission et à la fragilité induite par la précarité de nos statuts.

 

6) Se renseigner sur ses droits, les connaître et les faire valoir.

C’est à mon sens le plus important.

Renseignez-vous en permanence sur vos droits. Vérifiez toujours ce que l’on vous dit, que l’information vienne du super collègue syndicaliste ou de votre supérieur. Il y a de nombreux sites qui facilitent l’accès à la réglementation.

Conservez les informations importantes. Et surtout, faites-les valoir. Ce dernier élément est très difficile, j’en ai bien conscience.

Mais ce n’est qu’en connaissant ses droits et en les revendiquant que l’on sort du système oppressif dans lequel sont maintenus de nombreux précaires.

 

 

Pour aller plus loin, je vous invite à vérifier tout ce que je vous ai dit ci-dessus :

Legifrance : L’actualité des textes législatifs. Dur à décoder au début, mais plus on s’accroche, plus c’est lisible!

Génération Précaire : spécifiquement autour du droit des stagiaires, un peu des services civique.

Agence Nationale du Service civique : pour la réalité officielle

Infosdroits : superbe portail d’information sur le droit public et privé

Jurisanimation : le portail juridique lié à l’animation http://www.jurisanimation.fr/

Le journal du directeur, publié chaque année, lié à la réglementation dans l’animation (et donc aussi les contrats, taux horaire, etc) :