Ressentir par le ventre – Antonin, mon amour.

« Le ventre, ce n’est pas seulement ce qui digère la bouffe. Ça digère les émotions ».

Pendant cinq semaines, j’ai vécu une expérience théâtrale intense. Avec des préparations lointaines à tout ce que j’avais pu vivre, des exercices finalement très proches de la méditation.

Qui m’ont permis de renouer avec mon corps. Ce corps oublié, ravivé pour certaines occasions.

 

A quel moment m’étais-je coupé du corps? Ce corps qui accumule, reçoit nerveusement des milliers d’informations.

Quand prend t-on le temps de penser à chaque partie de son corps? A ses genoux? A ses doigts, si doux et secs?

Quand réalise-t-on que nos vêtements sont un contact si familier et si étranger à la fois?

 

Et le ventre.

Contrariété, colère, angoisse, bonheur, s’accumulent ici. Sans réaliser ce qui m’arrivait jusqu’alors, j’ai pris le temps de constater. Et le rappel fut vif et fulgurant.

 

L’émotivité jusqu’à présent enfouie ravivée. Présente, vive, brûlante. Les émotions qui submergent.

Depuis quand cela n’était-il pas arrivé? L’enfance, je crois bien. Car l’adulte responsable n’est plus guidé ni par le corps et l’émotion, mais bien la raison.

Et l’inquiétude : que faire de cette réceptivité, si forte? Comment revenir à la vie, celle où le ventre n’existe pas, où tout passe de la parole au cerveau?

 

Une semaine après, mes émotions à vif se sont un peu apaisées. La parole, média manipulé avec aisance, (re)devient le média commun.

Mais le ressenti par le ventre, lui, reste. La fragilité révélée n’est plus latente, mais omniprésente. Et de cette fragilité, de cette facilité à recevoir et à comprendre, naît d’autres sensations. D’autres compréhensions. D’autres réceptions.

Et des intérêts nouveaux.

 

Car comme disait Antonin :

« L’homme est malade parce qu’il est mal construit.
Il faut se décider à le mettre à nu pour lui gratter
cet animalcule qui le démange mortellement,
dieu,
et avec dieu,
ses organes.

Car liez-moi si vous le voulez,
mais il n’y a rien de plus inutile qu’un organe.

Lorsque vous lui aurez fait un corps sans organes,
alors vous l’aurez délivré de tous ses automatismes
et rendu à sa véritable liberté.

Alors vous lui réapprendrez à danser à l’envers
comme dans le délire des bals musette
et cet envers sera son véritable endroit. »

 

Antonin Artaud, le Corps Sans Organes