En finir avec l’instrumentalisation des enfants

Je m’interroge souvent sur la dynamique de projet. Nous n’avons que ces mots à la bouche.

Qu’entend-on par projet? Quels sont les objectifs?

En quoi cela va être intéressant, utile, de près ou de loin dans la vie de l’enfant?

Il y a une question que l’on évite soigneusement de se poser, de peur que cela dérange : quelle est l’influence de l’éducateur dans les projets?

 

Je parle assez souvent des projets « en papier crépon ». Ce sont pour moi les projets dont l’unique objectif est d’offrir un « beau spectacle ».

Certains éducateurs se cachent derrière la parole (rapportée) des enfants « Mais c’est eux! Ils sont en demande d’un joli spectacle pour les parents ! »

Ce qui me fait toujours réagir.

Il est si aisé de se cacher derrière la parole des minots. D’autres paroles sont souvent atténuées, pondérées, empêchées, voire totalement niées.

(Sisi, n’avez-vous jamais entendu en réponse à un enfant « Mais NON, tu n’as PAS envie d’aller aux toilettes », ou zencore « Rho mais enfin, NON, tu n’as pas mal, tu EXAGÈRES. »)

 

Comment faire alors?

Car les éducateurs, animateurs arrivent souvent avec leur bagage artistique, scientifique, de jeux collectifs. Ils ont l’envie de partager.

 

Encore une belle illusion, un joli masque. Car qui dit partage dit également réciprocité et respect de l’individu. Si un projet ne plaît pas, n’est pas adapté aux/à l’enfant(s), combien d’éducs interrompent le projet?

 

Le projet ne signifie pas l’aboutissement.

La jolie chose.

Le « beau ».

Et le beau des adultes pour ce qu’ils pensent pouvoir faire faire aux enfants.

Le beau des adultes qui n’est qu’une vision de ce qu’est un enfant. Avec l’idée des « préoccupations d’enfants, plus légères que celles des adultes ».

Une infantilisation de ce que sont les enfants, par projection fantasmée de ce qu’ils sont. (Méta, n’est-ce pas?)

Le projet n’est qu’un cheminement, un test, une expérience. Et toute expérience qui perd de son intérêt, de son sens, se doit d’être arrêté.

Car l’objectif ultime, ce n’est pas que les enfants soient dans de « beaux costumes », « disent de belles choses ».

C’est qu’ils prennent plaisir à une activité. Qu’ils aient eu envie. Qu’ils aient persévéré, malgré des moments moins agréables. Et surtout : qu’ils soient à l’aise.

Et les conséquences vont d’elles-mêmes.

 

Je me suis souvent interrogée sur les sous-entendus que l’on génère, en tant qu’éducateur : moi-même ayant de grands penchants théâtreux, j’ai toujours ouvert énormément d’idées de projets : enregistrer une chanson, faire de la danse, construire des voitures articulées, fabriquer un instrument ou un outil.

Beaucoup de projets se sont recoupés vers le théâtre.

Est-ce moi qui influence? Qui guide insidieusement vers le théâtre?

Oui, je le crois.

Forcerai-je une activité théâtrale parce que c’est « mon truc »?

Certainement pas.

 

L’année passée, nous avons proposé un atelier de lecture théâtrale à haute voix. J’étais très sceptique.

J’avais peur du scolaire. De l’ennui. Que cela se passe « assis autour d’une table ».

« Non non », m’a-t-on dit, « tu verras, Raphaël est super chouette ».

Première séance. Les enfants sont assis autour d’une table. Ils piochent des livres de  théâtre sous une couverture.

Je suis très sceptique. Les enfants aussi.

Ils me semblent passifs.

La lecture commence. Deux lisent, les autres écoutent.

Je m’angoisse. Était-ce une bonne idée?

Puis vient l’exercice collectif.

Les enfants choisissent une onomatopée, rappelant la guerre. Puis, à la manière d’un chef d’orchestre, Raphaël les désigne pour qu’ils disent leurs onomatopées.

Ça s’accélère. L’enjeu grandit. Les enfants s’amusent, réclament.

 

Les deux séances de découverte s’achèvent. Elles auraient pu s’arrêter ici.

Mais les enfants ont réclamé : « Il revient quand, Raphaël? » « Pourquoi c’est fini? On aimait bien! »

Je leur ai rappelé les projets d’enfants : « Les enfants, vous savez, dans le cadre des projets d’enfants, vous pouvez me dire ce que vous aimeriez faire cette année. Et nous construiront cela ensemble. »

La réponse était unanime : du théâtre avec Raphaël.

Quelle a été l’issue de ces séances? Pas un spectacle, ni une lecture, ni même une salle décorée en crépon.

Une simple séance ouverte. Une présentation de ce qui a été fait à l’année.

 

Et le résultat?

Un confort immense des enfants. Un trac à peine perceptible. Tous riaient, mais tous ensemble. Pas les spectateurs d’un côté et les acteurs de l’autre.

Et la fierté des parents : car une séance ouverte, c’est une fenêtre sur notre quotidien. Et un autre regard porté sur leurs enfants. Un regard positif et joyeux.

 

Alors par pitié, lorsque les enfants vous réclament « un beau spectacle » avec « de beaux costumes », posez-vous quelques instants.

Et remettez-vous en question. Car n’est-ce pas vous, en tant qu’adulte, qui attendez la reconnaissance inhérente à un « beau spectacle » et à une belle mise en scène?

 

 

Créer du lien avec les familles

« Ce parent, quelle plaie… Je lui ai dit, que le goûter n’était pas équilibré! Que c’était à lui de se faire respecter! Je lui ai dit maintes fois que le petit Bidule devait se coucher plus tôt! 22h, c’est pas une heure pour un enfant! Rho mais il n’écoute rien, moi je laisse tomber« .

Ça vous rappelle des choses?

Combien de fois ais-je entendu des professionnels de l’enfance posséder un discours infantilisant, voire condescendant vis à vis des familles?

 

Lorsque je suis arrivée il y a un an à la Maison de Quartier, le rapport avec les familles était très compliqué. Un lien de méfiance, une observation mutuelle.

Progressivement, à force d’expliquer notre rôle, nos missions, les choses se sont apaisées.

Et repositionner le rôle de chacun a beaucoup joué.

Plusieurs parents sont parfois arrivés désarçonnés. Par l’école, l’institution. Le conseil de l’école, du psy, de Trucmuche ou d’Untel qui entre en contradiction. Et les parents qui se retrouvent perdus, pensant que pour bien faire, il faut suivre l’avis d’un professionnel.

« Mais Madame/Monsieur, qui est le premier éducateur de l’enfant? »

Doute. Incertitude.

« C’est VOUS! L’école n’apprend pas aux enfants à lacer ses chaussures. A enfiler son cartable. A boire dans un verre!

Les avis que je vous donne n’engagent que moi. Les conseils que je vous donne ne sont pas des décisions que je prends pour votre enfant. Vous devez réfléchir à ce qui est le mieux pour lui, et avec lui ».

Et le regard évolue. Petit à petit, les relations se construisent avec les familles.

J’ai toujours refusé de m’introduire dans la vie privée de la famille. Les réflexion de l’ordre de « il devrait se coucher à telle heure » ou « il ne doit pas manger ça » me semblent déplacées et intrusives.

Je ne fais qu’écouter que ce que les enfants ou parents me disent. Je signale toujours qu’il y a certaines choses que je n’ai pas à savoir.

Car il me semble qu’une segmentation est nécessaire. Sans ignorer les autres univers de l’enfant, je n’interviens que dans la sphère partagée par l’enfant et l’éducateur.

 

Et viennent les moments positifs. Qu’il est essentiel de dire aux familles.

 

Je me souviens de cet enfant, légèrement psychotique, qui a réussi à faire son travail seul. Je me souviens de l’étonnement de la maman, qui pensait que j’appelais pour signaler une bêtise.

Je me souviens de la distance, après ma présentation. Du « merci » étonné, à la fin du coup de fil.

Et je me souviens de notre dernier appel. Amusant, chaleureux.

 

Je me souviens de cet enfant, qui a mis longtemps à s’organiser, qui a ruiné un cahier de textes. De ces moments durs avec la famille, car on explique les soucis.

Et de cette séance magique. L’enfant, autonome, a tout fait seul. Il a même proposé de mener une activité

Il a grandi en l’espace d’une séance.

De cette fin de séance « Tu te souviens, Bidule, on doit parler à maman ». L’enfant, fier, qui arrive près de sa mère.

« Madame, votre fils a fait une séance exceptionnelle. »

– Vous parlez bien de mon fils, le petit Bidule?

-Oui !

C’est une blague que vous me faites.

 

J’en aurais pleuré.

Les familles de ces enfants en grande fragilité ne sont sollicités que pour le négatif. Le positif est considéré comme un « retour à ce qui devrait être normal », dans la norme d’un groupe.

Mais peut-on vraiment exiger de tous les enfants la même chose?

 

Et les conclusions sont extraordinaires :

Les familles qui reviennent cette année sont détendues. Elles viennent avec le sourire, sans appréhension.

Elles commencent à aborder les problèmes de fond. Nous réfléchissons ensemble à des solutions pour les enfants.

 

Et ce rapport, agréable, chaleureux, réconforte les enfants.

Enfin, une dernière anecdote pour la route.

 

Ce papa d’un enfant qui possède de gros problèmes de comportements. Intenable, pénible, « il a fait craquer tout le monde ».

En fin d’année, j’attrape son père. Lui explique que son fils est très intelligent, que oui, il nous a parfois fait rager. Mais qu’il n’est pas méchant, loin de là. Et surtout, qu’il a des envies qu’il faut canaliser. Et que certains adultes, et je me comprends dedans, l’apprécient vraiment.

De désarroi, de surplus d’émotions, il est parti. Brusquement.

Parce que le portrait que l’on avait fait de son enfant, tout d’un coup, se brisait. Parce qu’il y a certains adultes qui croient en lui, et le prennent comme il est.

Parce que le positif de l’année, à l’échelle de son année, pas celle du groupe, est énoncée.

 

 

« Ah non, l’école ne fait pas du social »

Les débuts d’années, comme partout, amènent des points de situation des enfants (ceux que nous retrouverons, qui ont grandis, ceux qui sont partis au collège).

En discussion avec une collègue, elle m’évoque le cas du petit Machin. Il est arrivé en cours d’année chez nous, fouteur de bordel terrible, mais très attachant. Avant même de parler d’école, de jeux, de projets, il fallait initier la base : le rapport à l’adulte.

Peu à peu, pendant l’année, cet enfant s’est apaisé. Il criait moins, était moins agressif envers les autres. Il s’impliquait dans les projets. Il passait spontanément nous dire bonjour.

Son départ en 6e a été un déchirement pour tout le monde :

la famille, qui aurait préféré qu’il reste chez nous,

l’enfant, qui me disait à chaque rencontre « moi je veux rester ici. Moi j’ai redoublé, de toutes façons, je veux rester en CM2 ».

Et pour l’équipe d’animation, qui sentait bien que cet enfant, s’il avait passé une année de plus avec nous, serait reparti plus solide sur ses deux pieds, et moins enclin à déraper.

Et les nouvelles de début d’année furent brutales. Le petit Machin retourne tout le collège. Tous perdent patience.

Et LA phrase brutale, horrible, qui me tord encore l’estomac :

« Le collège fait ce qu’il peut. Mais le principal m’a bien dit que l’école n’avait pas à faire dans le social. »

J’en deviens vulgaire.

J’en perds mes mots.

J’ai envie de HURLER.

 

Pas dans le social? Qu’est-ce que vous entendez là dedans?

Un enfant, pardon, un élève qui entre dans l’enceinte de l’école oublie tout?

Sa situation, sa vie quotidienne? Les charges de travail de la maison, les règles que les autres adultes lui donnent?

Cela signifie que tous les enfants qui entrent sont, à vos yeux, égaux? Le petit Bidule qui est dans une maison à lui, encadré par ses parents a autant de chance que le petit Truc, en hôtel social, dans une seule pièce, à s’occuper de ses frères? Et au vue de ces conditions de vie inégale, le savoir est délivré également entre tous les enfants, sans adaptation?

(mais je m’égare).

 

Je suis révoltée.

Révoltée de ce parti pris.

Cette conception de l’éducation, en « professeur délivreur de savoirs », sans recherche des conditions qui peuvent faire que JUSTEMENT, le savoir va mieux passer, m’horrifie.

L’idée que l’enfant soit coupé en tranches, avec :

– les règles de la maison,

– les règles du Centre de Loisirs

– les règles des copains,

– les règles de l’école

– et enfin : au bout de toutes ces règles souvent contradictoires et antithétiques, : l’enfant qui essaie de faire la part des choses, de réfléchir par soi-même.

Tout ça est balayé d’un revers de la main.

Et pire encore.

Cela veut dire qu’on ferme les yeux sur la réalité des enfants. Leur quotidien à eux.

On est dans une espèce d’idéal éducatif : Oui, le savoir est tellement noble qu’il arrivera aux oreilles des écoutants.

Par contre, ne déconnons pas, si c’est de l’ordre du social, on ne s’en occupe plus. On ne peut plus rien faire.

 

Attention, je ne sous-entends pas ici que l’école se doit de résoudre ces problèmes. Les instances ad hoc (services sociaux, médicaux, etc) sont en constante réflexion pour que les vies des autres soient les moins merdiques possibles. Pour trouver des solutions pour que le savoir passe. Que l’urgence (d’une maison, de manger, de faire du sport) soit résolue, et que l’école et le savoir puissent être entendu et accessible.

 

Mais le rejet immédiat d’une situation douloureuse, complexe, le rejet de l’enfant car « c’est de l’ordre du social » me terrifie au plus haut point.

Cela m’ouvre une fenêtre sur les attentes de certains institutionnels qui me glace le sang. L’attente d’élève « comme ci, comme ça ». Avec un élève cadré en fonction de l’adulte qui explique. S’il sort du cadre, hop, dehors.

Je n’attends pas que l’école fasse tout.

J’attends que l’école s’associe avec les autres acteurs éducatifs. S’ouvre sur justement, les instances sociales, d’éduc’ pop. Qui pensent aussi au bien être des enfants. Qui souhaitent leur réussite.

Et penser collectivement permet de voir aux enfants que non, on ne les coupe pas en tranches.

 

Et le petit Machin? Il sera probablement exclu du collège. Pour la suite, on cherche avec les acteurs éducatifs.

L’animation en boîte : Les enfants au placard !

Comme beaucoup, j’ai été très inspirée en voyant le travail de Céline Alvarez, enseignante en maternelle qui a conçu une classe pour les enfants. Dans celle-ci, les minots organisent leur temps, apprennent sous le biais du jeu et de la répétition.

Si vous ne la connaissez pas encore, allez donc jeter un oeil à ces reportages.

Et regardez-le par le biais de l’organisation spatiale.

Les espaces sont ouverts, appropriables par les enfants. On peut marcher pieds nus, sortir le matériel, le ranger. Céline Alvarez précise que le matériel est cassable, fragile, et que par conséquent ils l’utilisent avec grand soin.

Car la classe est un espace clôt, avec tout ce que cela peut impliquer de négatif, mais avec la possibilité d’entreposer le matériel.

 

Et j’en viens à mon questionnement : dans tous les autres espaces accueillant des enfants, comment recréer un environnement agréable lorsque l’espace qui leur est consacré est limité à .. un placard?

Car, dans grand nombre de structures, les salles sont polyvalentes. Elles doivent pouvoir devenir salle de peinture, de réunion, ou accueillir les minots en un clin d’œil.

Elle ne peut donc pas se customiser, et encore moins laisser du matériel à la vue et aux mains hasardeuses du chaland.

 

Aujourd’hui, en pleine séance de rangement de rentrée, je me suis interrogée : comment faire pour :

– Que le placard soit un espace pratique pour les enfants (accès facilité au matériel) ;

– Qu’il puisse être rangé facilement et rapidement ;

– Que les animateurs puissent avoir un petit coin à eux pour les fiches d’animation, d’appel ;

Et surtout :

Que ce fichu placard donne (lui aussi) la sensation qu’on ne fait pas que les devoirs.

 

Après un rangement laborieux (et encore inachevé), voici le placard en question (désolée pour le bruit sur la photo, la salle est peu lumineuse) :

 

placard_2El fichu placard, star de la salle polyvalente depuis 2010

L’objectif est évidemment de permettre aux enfants de s’approprier et d’accéder (techniquement) au matériel quotidien : livres, jeux, petit matériel…

Le matériel un peu perché est celui destiné aux animateurs, obsolète ou à utiliser avec un animateur (la boîte bleue et rouge contient du matériel de loisirs créatif).

 

Mais est-ce que ce placard donne envie d’y aller, et surtout est-il suffisamment pratique pour conserver (un peu) d’ordre (et éviter d’avoir à le ranger dans 2 jours) ?

Pour donner envie aux nouveaux arrivants, et pour permettre aux anciens de retrouver leurs créations, j’ai affiché des productions faites l’année dernière :

 

zoom_placard zoom_placard_3

Cartes d’électeur du « Jury Tam-Tam », Petite Maison faite à partir de l’animation de Florie Saint-Val, et Origamis.

 Un désir également est de permettre aux enfants de gérer leur temps : après le goûter, les tables sont souvent pleines de miettes, de jus..

Pour permettre aux enfants de s’organiser avant leurs devoirs, je prépare un mini-coin rangement, avec des lavettes colorées. Le pchit savonneux arrivera sous peu :


zoom_placard_2Matos en tout genre, et bien au chaud dans sa barquette violette, le futur matériel de rangement.

Enfin, accessible, le coin lecture. Après de multiples tests l’année dernière, mettre les livres au niveau du sol semblait plus accessible que sur les étagères (qui devenait vite encombrées).

Si l’année dernière, les livres étaient disposés dans un carton (ne vous moquez pas, on fait avec ce qu’on a!), j’ai recyclé cette cagette de fruits et en ai fait une mini bibli :


zoom_placard_bibliLa mini-bibli, que je pense peu pratique… La feuille derrière la bibli permet de noter les emprunts/retours de livres, pour que les enfants auto-régulent leurs emprunts. (Je n’ai pas de zoom de la feuille, la photo que j’avais prise était trop mauvaise).

 

L’année dernière, dans le cadre des lectures Tam-Tam, les enfants avaient estimé leur temps de lecture, puis régulé entre eux les retours et nouveaux emprunts. Je souhaiterai tester ce système à l’année.

J’ai encore beaucoup d’idées : je pense que de l’espace peut-être libéré pour les anims mais également pour les enfants !

Je fait actuellement de grandes feuilles à afficher sur les côtés de l’armoire pour que les enfants puissent exprimer leurs souhaits d’activités/sorties pour cette année…

Affaire à suivre, donc!

 

J’attends vos retours et commentaires pour m’aider dans l’organisation de ce maudit placard!

Et vous, comment optimisez-vous et rendez agréable un espace aussi petit et fermé?

S’approprier les espaces culturels

Dans l’animation, l’éducation, on a souvent cette volonté « d’ouverture culturelle », « d’emmener les publics vers les espaces inaccessibles ». C’est d’ailleurs l’objet de tout travailleur du champs social, de faire venir les publics « éloignés ».

Si la démarche est louable, les méthodes proposées me font parfois grimacer.

Allant visiter un espace dédié aux adolescents dans un musée parisien, le regard de « l’ado« , « qui aime jouer à Second Life » et « fana de technologie ou de mode » « a besoin d’un espace bien à lui »

(Le sentez-vous, le genrage sous-jacent? A base de « Les filles customisent, les gars geekent » ?)

 

Alors pourquoi le chaland se rend dans un espace culturel? S’il connaît le lieu ou possède un regard de connoisseur, pour sa programmation.

Et pour quelqu’un qui ne connaît pas? L’objectif sera de le faire venir pour lui faire découvrir le lieu. Sauf que s’il ne connaît pas le tiers de ce qui est proposé, que va-t-il en retenir? Qu’est-ce qui pourra le faire rester?

Hé bien ce sera l’accueil dans cet espace. Et la sensation de pouvoir accéder à un lieu culturel sans être de trop.

En définitive : s’il n’y a pas aisance et surtout légitimité au premier abord d’un lieu culturel, le public « éloigné » va encore plus s’éloigner.

Pire, il dira que ce lieu n’est pas pour lui, qu’on s’y sent mal, observé.

(Comme ces volontés d’emmener les enfants très éloignés dans les lieux de culture avec un grand C, type l’Opéra. Un carnage, s’il n’y a pas accompagnement pendant l’année).

Vous ais-je déjà parlé de deux expériences menées l’année dernière?

La première était au Cent Quatre, à Paris. Un lieu pluri-disciplinaire. Un endroit que les danseurs, théâtreux, groupes de potes ou familles fréquentent. Un lieu où il est possible de « juste rien faire », avec des œuvres d’art accessibles librement et gratuitement (pour une partie).

La première fois où nous y sommes allés, les enfants ont regardé cet espace curieusement. Petit à petit, ils se sont appropriés les lieux : ils posaient des questions aux troupes de théâtre qui répétaient, sur le texte et l’interprétation, participaient au hip hop, jouaient au foot avec les autres jeunes, ont appris le jonglage.

Et réclamaient la sortie. Et demandaient à ce qu’elle dure plus longtemps. Le Cent Quatre semblait proche de chez eux, beaucoup pensaient que nous ne quittions pas les frontières de leur commune.

 

La seconde expérience était à la Dynamo de Banlieue Bleue. Un lieu assez connu par les connaisseurs de jazz, hors de la portée des habitants.

Nous sommes allés un soir faire une séance ouverte à la Dynamo. Nous avons investi le hall : pendant qu’une partie des enfants jouaient au baby foot (présent pour quelques jours), d’autres sont allés arroser les plantes dans le jardin.

Certains enfant m’évoquent encore cette sortie, « c’était bien, hein, quand on est allés arroser les plantes. »

Et l’espace guindé est maintenant plus accessible. Il est même un peu à eux.

 

Il me semble que pour ces enfants, la culture, ce sont des trucs d’adultes :  des visites reloues avec « le guide devant », éloigné de leurs goûts et connaissances, où ils se sentent tous petits. Ces grands lieux, qui ne ressemblent pas à la maison, l’école ou la bibliothèque sont des lieux intimidants : ils doivent d’abord se sentir bien, légitimes et concernés par les espaces culturels.